Laurent

29 juin 2009

Michael Jackson ...et le genre humain

Qui était Michael Jackson ?
Tout le monde (ou presque) s'accordera sur un talent inouï, surhumain.
Un artiste complet dont les chansons et chorégraphies révolutionnèrent la musique autant que l'art de la prestation scénique.
Sa disparition m'attriste comme si je venais de perdre un cousin que je n'aurais vu qu'à de rares occasions, mais pourtant inoubliablement attachant. En y réfléchissant bien, je comprends ce sentiment car je me rends compte que Michael Jackson est un de ceux qui m'ont fait aimer la musique.
Mais durant ce triste week-end, j'ai pu également lire des critiques, des personnes faisant part de leur ras-le-bol devant le battage médiatique, certains ne comprenant pas la peine ressentie par les gens comme moi. Alors j'ai tâché de leur expliquer que même dans notre vie personnelle, nous avons un ou plusieurs souvenirs précieux qui ressurgissent lorsque nous entendons ses chansons. Voilà comment en perdant Michael Jackson, c'est un fragment de notre jeunesse, une particule de nous-même, qui s'évanouit.

Et puis la tristesse a laissé place à la colère lorsque j'ai lu la violence de certains propos faisant référence aux accusations de pédophilie dont Jackson a fait l'objet, certains même n'hésitant pas à se réjouir de sa mort.
Je n'ai jamais pu croire que Michael Jackson s'était rendu coupable d'une telle barbarie. Mon affection pour sa musique m'aurait-elle aveuglée sur l'homme à ce point ? Je ne crois pas.

En me documentant un peu plus sur la vie de Michael Jackson, un sentiment tenace se crée en moi, celui de découvrir une tragédie... Avons-nous réalisé à quel point cet homme a souffert ?
Dans son fort intérieur, Michael Jackson était hanté par l'éternel enfant qu'il n'a jamais pu être lorsque il en avait l'âge.
Neverland ou le pays du petit garçon qui refuse de grandir était finalement un indice, un symptôme de son calvaire: le ranch de la star était un parc d'attractions conçu pour accueillir des enfants, parce qu'un tel terrain de jeux symbolisait toute l'insouciance de ce que Michael Jackson n'a jamais eu: une enfance.

Un homme-enfant qui n'était adulte que dans sa façon de travailler.
Après avoir subi la rigidité et la violence d'un père trop ambitieux, il n'a su se défendre contre les machinations des adultes qui n'en voulaient qu'à son argent. La meneuse de cette entreprise de destruction (soutenue par l'ex-manager vindicatif de la star), c'est d'abord et surtout la mère de l'enfant qui prétendait avoir été victime d'attouchements sexuels. Cette femme a été démasquée pendant le procès, provoquant un acquittement de Michael Jackson sur tous les chefs d'accusations. La dame était une habituée des tribunaux pour de sombres histoires d'abus sexuels sur ses enfants, les forçant à mentir dans le but d'extorquer de juteuses sommes d'argent au titre de dommages et intérêts. Ainsi, avant Michael Jackson, il y avait eu déjà des ex-maris fortunés, et presque autant d'"amis" patrons d'entreprises qui s'étaient vus accusés de méfaits similaires. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi la mère n'avait cessée d'inscrire elle-même son gosse à des concours afin qu'il finisse par gagner le fameux séjour à Neverland... Le richissime Jackson qui s'entourait d'enfants dans son ranch, c'était vraiment une proie en or.
Mais il était trop tard, et cet acquittement spectaculaire n'y pouvait rien: le monde médiatique impitoyablement rapace avait propagé la rumeur qui s'était répandue dans l'esprit des gens comme une trainée de poudre. Dans son malheur, bien avant ses démêlés avec la justice, Michael Jackson était le sujet d'un documentaire tv plus ou moins honnête à son égard, et dans lequel il avait déclaré avec beaucoup de naturel qu'il ne voyait aucun mal à ce que ses invités dorment avec lui s'ils le souhaitaient... Je suis convaincu que dans la tête de Jackson, il n'y avait strictement rien de sexuel derrière, lui qui d'ailleurs avait toujours dormi avec ses frères et soeurs lorsque il vivait en famille.
Mais pour les médias, étrangers au principe de présomption d'innocence lorsque une star est impliquée, cette déclaration était du pain béni pour étayer les rumeurs et construire LE scandale le plus lucratif qui soit...

Voilà comment des gens ont détruit Michael Jackson à petit feu, lui qui était d'une exigence maladive envers lui-même, et avait appris à haïr ses propres traits à force de brimades assénées par son père. Le désastre de chirurgies esthétiques répétées avait finalement transformé son visage en masque mortuaire. Même son Neverland qu'il avait fait construire pour les enfants, des esprits malins ont tenté d'exploiter l'idée avec -comble du cynisme- la complicité d'un enfant pour lui arracher une partie de sa fortune.
Je n'aurai jamais la science infuse, mais je suis intimement persuadé que l'enfant-prodige a été crucifié par des adultes malintentionnés.

Malheureusement, trois jours après sa disparition, il suffit d'aller sur eBay pour constater que le cynisme humain se poursuit. En effet, depuis son décès, des centaines de gens se pressent pour mettre aux enchères leurs disques et objets de Michael Jackson à des prix de départ HALLUCINANTS ! Sur eBay USA en particulier, on peut voir un album ou un jeu vidéo en rapport avec Jackson remis en vente entre 50 et 80 fois plus chers par rapport à la semaine dernière (passant de 20$ à 1200$ par exemple). Moyen comme un autre de se faire du blé même sur la dépouille mortelle de l'artiste... Comble de l'horreur, ces vendeurs osent même terminer le descriptif de leur vente par de religieux "Paix à son âme" et "Que Dieu le bénisse, mes pensée pour sa famille".... Il y a des moments comme celui-ci, le genre humain me DEGOUTE au plus haut point.


Laurent


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En guise d'ultime hommage, un des premiers solos de Michael Jackson. 13 ans, et déjà une justesse vocale hors du commun:

26 juin 2009

Adieu le King

Sa musique restera une source inépuisable de plaisir, de souvenirs, et d'enseignements.
RIP Michael.

Michael Jackson - Rock With You (Frankie Knuckles Remix)


Michael Jackson - Can't Help It (Tangoterje Mix)

30 novembre 2008

Burnt Offerings (Dan Curtis - 1976)


Quand j'étais mome, je dévorais les Mad-Movies, Ecran Fantastique et autres Starfix. Mais parfois ma passion pour le cinéma fantastique se mêlait d'une certaine frustration, n'ayant pu voir quelques oeuvres aussi rares qu'encensées par la critique spécialisée. Pas encore né, ou trop jeune au moment de leur sortie, je ne parvenais jamais à mettre la main sur une VHS pourtant existante de ces films !
Burnt Offerings de Dan Curtis, également connu sous le nom de "Trauma", est un de ceux-là, et ce n'est qu'aujourd'hui, grâce au DVD, que je découvre enfin ce film d'épouvante des Seventies. Mieux vaut tard que jamais !

Trauma s'inscrit dans la lignée des films de maison hantée et démoniaque, au même titre que La Maison Du Diable, Amityville, L'Enfant Du Diable, Poltergeist, etc...
Réalisé par un homme de télévision, le film réunit un casting de haute volée: Oliver Reed, Karen Black, Bette Davis, Burgess Meredith. Une belle brochette de comédiens fort expérimentés, dont Curtis ne saura tirer toute la quintessence, mais je reviendrai sur ce dernier point.

Adaptation d'un roman célèbre outre-Atlantique, la principale qualité de Trauma est l'histoire et ses personnages, à commencer par l'immense demeure. Cette dernière présente l'originalité de se régénérer en se nourrissant de l'énergie mentale et physique de ses occupants ! Inutile de dire qu'il règne en ces lieux une ambiance inquiétante, intensifiée par la sobriété des évènements faussement anodins.
Qui est cette mystérieuse vieille dame enfermée dans sa chambre, et pourquoi devient-elle l'unique préoccupation de Marian ?
Ici la peur s'installe plus de jour que de nuit, et la subtile bande-son annonce le mal qui se dissimule partout...

Trauma - la bande-annonce d'origine


Certaines scènes (la piscine, le rêve en noir et blanc de Ben, l'agonie de la vieille tante) font vraiment froid dans le dos et sont relativement bien filmées, mais l'ensemble pêche malheureusement par un manque de rigueur dans le déroulement, et surtout le rythme. Ainsi les évènements s'enchainent avec un manque d'homogénéité, de fluidité, et le film accuse un grand coup de fatigue à mi-parcours.
Si Dan Curtis est un habile faiseur d'images, il semble en effet moins à l'aise avec la cohésion de son script et la direction de ses comédiens. Certaines scènes sont un peu longuettes au détriment d'autres plus importantes mais courtes, survenant ainsi de façon un peu abrupte. Par exemple, la scène de la tentative d'infanticide arrive brusquement sans que le spectateur comprenne bien pourquoi, et tout ce petit monde à l'écran, bien conscient que quelque chose cloche se remet plutôt vite de ses émotions.

Ensuite, Curtis délaisse un peu trop Bette Davis dont la déchéance physique et mentale de son personnage est à peine survolée, pour se focaliser en plan(s) généreux sur un Oliver Reed qu'il laisse un soupçon cabotiner par moment -ses grimaces sont un peu trop appuyées. Même les apparitions plus ou moins fantasmées du croque-mort n'apportent finalement pas grand chose.

Plongés au coeur de l'étrangeté, les personnages perdent ainsi en crédibilité en passant d'un état psychologique à un autre plus rationnel et inversement, sans véritable étape intermédiaire -c'est pourtant dans ce cheminement que se trouve la vraie psychologie. Vers la fin par exemple, après les obsèques de la tante, la femme de Ben met la table, habillée telle une Vampirella, mais sa "possession" par la demeure, ne l'empêchera pas de retrouver ses esprits peu après, bien décidée à quitter les lieux avec sa petite famille !
A l'image de cette légère confusion dans la narration, le terrible final est un peu précipité, mais a malgré tout le mérite de surprendre le spectateur, à un cheveu d'imaginer la possibilité d'une issue positive...

En conclusion, c'est du cinéma globalement efficace mais un tantinet fébrile, la faute à un montage en "montagnes-russes", entre mollesse et fulgurances, qui n'exploite pas toutes les idées qu'il ambitionne.
Si les épaules de Dan Curtis étaient donc un peu frêles pour supporter le poids d'un tel projet, ses maladresses n'enlèvent rien à la présence d'un mystère effrayant parcourant le film de bout en bout...

A mon sens, Trauma n'est donc pas le chef-d'oeuvre annoncé par certains, mais reste un bon film d'épouvante au dessus de la moyenne.
Enfin, je dis ça, mais c'est peut-être moi -et non le film- qui ai pris un coup de vieux ! ^^

L

14 novembre 2008

Les enfants d'Alpha et Oméga

Mimi (Emmanuelle Seigner) et Oscar (Peter Coyote).

Lunes de Fiel de Roman Polanski.

21 septembre 2008

Leave Britney Alone !!!! ( Shiny Noxxy Remix )

Au départ, c'était ce cri du coeur bouleversant d'un fan de Britney Spears :



L'occasion de remixer tout ça était trop belle, bref je n'ai pu résister ! Ce qui donna ceci :











07 septembre 2008

Cinémotion: Sweeney Todd (Tim Burton - 2007)



Le petit dernier de Tim Burton vient de sortir en DVD, l'occasion pour moi de livrer mon avis sur le film et, subsidiairement, son réalisateur souvent adulé.

Après de très agréables Noces Funèbres, "Sweeney Todd" me conforte dans l'idée que Tim Burton se bonifie en vieillissant.
En lisant ce premier constat personnel, peut-être avez-vous deviné que je ne fais pas partie des inconditionnels du cinéaste.
Certes je reconnais en lui un artiste de talent, mais je n'adhère que moyennement à ses choix esthétiques, son univers m'apparaissant plus chancelant que décalé... Entre divertissement familial gentiment naïf et film d'auteur plutôt sombre, je trouve la cohésion assez fragile et le résultat final paradoxalement convenu...
A ce jour, le film de Burton que je préfère reste encore son hommage rendu au Septième Art à travers le portrait drolatique du "plus mauvais cinéaste de l'histoire du cinéma", j'ai nommé ED WOOD (Edward Davis Wood Junior de son vrai nom, incarné par un Johnny Depp au sommet de sa forme, comme d'habitude).

A vous lecteurs pro-Burton, je peux comprendre votre révolte devant mes propos ! Aussi, je vous prie de ne pas trop m'en vouloir pour les quelques lignes qui suivent, car j'étayerais encore mon avis quelque peu défavorable en égratignant le cas Sleepy Hollow :
Comme souvent chez Burton, la direction artistique est remarquablement classieuse. Eclairages, images, décors fastueux... Tout est parfaitement maîtrisé. Mais alors pourquoi la noirceur mise en avant y semble si aseptisée, si artificielle dans sa perfection ? Pourquoi costumes et coiffures, pourtant luxueux, paraissent à peine sortis de l'atelier du costumier-perruquier ?
Quant à Tim Burton le conteur visionnaire, on le sait amoureux du folklore et des histoires Halloweenesques. Très bien, seulement voila: ne laisse t'il pas trop exploser sa puérilité en demandant au chef-décorateur de planter des épouvantails à tête de citrouille un peu partout autour du village maudit ? Le trait est gros, quand même.
A moins qu'il s'agisse de parodie ou d'autodérision, est-il nécessaire de matraquer ainsi par l'image ses émotions et références, quitte à prémacher celles du spectateur ?
A mon sens, les trop généreuses intentions de Burton finissent par conférer à la bourgade de Sleepy Hollow des allures de décor pour train-fantôme de fête forraine !

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Cependant, mon évocation de Sleepy Hollow n'est pas innocente, car son ambiance visuelle se retrouve presque à l'identique dans le film qui m'intéresse ici. "Presque" parce que tout fonctionne mieux dans Sweeney Todd, par ailleurs très différent de son aîné, à commencer par le traitement surprenant.



D'une vieille histoire de barbier sanguinaire qui aurait, parait-il, existé, Tim Burton choisit d'en faire une comédie musicale gore.
Un parti pris sans doute respectueux du long passé théâtral de cette légende très populaire chez nos amis anglo-saxons. Assumant ainsi ses origines sur les planches, le spectacle en reprend de nombreux codes, et crédibilise le cosmétisme Burtonien qui, à l'inverse, plombait Sleepy Hollow.
Ici les tics "clip" du réalisateur n'apparaissent que très subrepticement: une mèche peut-être trop blanche, trop joliment symbolique sur la tête tu ténébreux barbier; une caméra qui serpente trop vite à travers les rues poisseuses de ce vieux Londres envoûtant où l'on aurait aimé fureter plus...
Bref, quelques petits détails très superficiels qui relèvent surtout de l'appréciation personnelle et ne sont pas sujets au reproche tant le film surprend par sa grande qualité globale.



Le spectateur amateur d'ambiances lugubres est immédiatement happé par la virtuosité expressionniste déployée à l'écran: visages blafards sculptés à l'éclairage, jeux d'ombres et clairs obscurs, grain charbonneux dans chaque image...
Visuellement parlant, Sweeney Todd est sans doute le film le plus ambitieux de Tim Burton. Le plus "noir et blanc" de ses films en couleurs.
Devant un tel univers, difficile de ne pas craindre un déchainement... La tempête a bien lieu, et de quelle manière !
Cette fois, Burton n'a pas le cul entre les chaises de Walt Disney et de Lovecraft, il a tranché (c'est le cas de le dire): ce sera donc le côté le plus obscur et saignant de la Force ! A ce propos, les scènes d'égorgement sont d'un réalisme assez insoutenable et auraient justifiées, je crois, une interdiction aux spectateurs de moins de 16 ans.
Mais cette violence exacerbée n'est nullement gratuite, car nous assistons au film le plus désenchanté, le plus misanthrope, et probablement le plus libre de Tim Burton.



Cette terrible histoire développe une réflexion désabusée sur la nature humaine, sur la vengeance qui n'engendre que vengeance et tragédie, sur le fait que tout coupable fut d'abord un innocent...
Ici plus que jamais, l'homme est un loup pour l'homme, et dévore son prochain. Au sens figuré, comme au sens propre !
Le film évoque ainsi toutes les déviances, même les plus taboues...
Mais surtout, comble du politiquement incorrect, au sommet de cette arborescence tragique repose le plus annobli des sentiments humains. L'amour, le couple.
L'amour qui se kidnappe dans une jungle de rivaux convoiteurs, ne laissant que douleur et haine vindicative derrière lui; l'amour qui pulvérise tout sens moral et repousse les limites de la complicité, jusqu'au crime.
Ne restent en vie que les enfants, les innocents.
Mais innocents pour combien de temps ?
L'un d'eux ne l'est plus; les deux autres forment un jeune couple...



Sorte de diamant noir ruisselant de sang , Sweeny Todd laisse le spectateur un peu groggy.
Ce dernier vient d'assister à un ahurissant geste d'artiste. Un électrochoc tempéré par des chants délicats aux paroles parfois droles et faussement naïves.
Que dire de l'interprétation ? Depp est grand, Helena Bonham Carter est époustouflante.

Malgré la dureté des idées développées, Sweeney Todd reste une oeuvre intrinsèquement romantique, comme en témoigne la toute dernière image riche en symbole... Ce dualisme dresse un certain portrait de l'être humain, du monde qu'il s'est créé.
Par passion.
Par faiblesse.


Laurent.

04 septembre 2008

The Whitest Boy Alive - Golden Cage

J'adore cette chanson. Clip excellent aussi...

Cinémotion : L'Empire Du Soleil (Steven Spielberg - 1987)



Le 7 Décembre 1941, l'attaque de Pearl Harbour met un terme à l'insouciance bourgeoise de la concession internationale basée à Shanghaï.
Fils d'un des riches industriels de la colonie, le jeune James Graham voit sa vie et ses rêves bouleversés lorsque il se retrouve séparé de ses parents.
Emprisonné dans un camp, l'adolescent devra user de toute son imagination pour apprendre à survivre...



En 1987, adaptant le roman éponyme de J.G.Ballard, Steven Spielberg l'enfant terrible d'Hollywood signait sans doute un de ses plus beaux films. Il offrait également à Christian Bale alors âgé d'une douzaine d'années -aujourd'hui Batman pour Christopher Nolan- le destin que nous lui connaissons.

Spielberg oblige, les moyens sont là pour soigner la forme, et à l'image des nombreux décors réels grimés pour l'occasion, la fresque historique jouit d'une reconstitution assez époustouflante.
Mais l'Empire du Soleil est l'antithèse de la luxueuse coquille vide, car le film tire toute sa quintessence du parcours initiatique qu'il narre avec justesse et étude de moeurs en filigrane.

Ici le cinéaste met ses tics lénifiants au vestiaire pour disséquer avec sensibilité les tourments humains, à commencer bien sûr par ceux du jeune héros. Impossible par exemple d'oublier la scène faisant suite aux larmes de la séparation lorsque, débarrassé de la vigilance des parents, l'enfant se plait d'abord à fumer la pipe en parcourant à vélo l'intérieur de la demeure familiale tel un Ubu en culotte courte.
Ce gosse de riches qui, au début, rêve et mime la guerre dans sa chambre avec ses petits avions en plastique est un peu le double de Spielberg, cet autre môme gâté et rêveur candide qui se crée des images grandioses...
Aucun clin d'oeil cinéphile du réalisateur n'est donc gratuit: la traversée effrayante en voiture d'un Shangaï poisseux et dangereusement fébrile rappelant presque le Los Angeles de Blade Runner; ou l'errance du gamin devant l'affiche géante de "Autant En Emporte Le Vent" sur un mur lézardé... Autant de scènes superbes pour mieux montrer à quel point, brusquement, c'est l'illusion d'un monde d'apparences qui s'effrite et vole en éclats.



Point de ficelles manichéennes ou de vision unilatérale dans L'Empire Du Soleil. Bridés ou non, tous les yeux sans exception subissent et pleurent la guerre.
La magie du cinéma est bien là, mais ne se substitue jamais à la gravité du contexte.
Aux beaux travellings et panoramiques Spielbergiens sont confrontées les images éprouvantes de ces êtres que l'on voit progressivement décliner tout au long du film. En haillons, de plus en plus faibles et malades (à l'image de la pimpante madame Victor).



Jusqu'au dénouement, la débrouillardise parfois insolente du petit James Graham n'enlève rien à l'âpreté de son périple, et les principaux moments de réconfort se trouvent concentrés dans les petits trafics d'entraide avec les amis et parents de fortune. Mais sur ce dernier aspect aussi, rien ne nous est épargné quant au négatif de chaque situation, systématiquement affublée d'un bon et d'un mauvais coté. Car c'est avant tout le récit d'une volonté de survie extrêmement difficile qui prédomine, et tout le monde est égal devant la souffrance et l'emprisonnement.
Le cinéaste n'hésite donc pas à montrer que même la peur de la Grande Faucheuse réduit à néant classes sociales et surtout vertu, au point parfois d'inciter chacun à s'emparer de la gamelle de son prochain...



Pourtant le film ne sombre jamais dans le catastrophisme, parce que le gamin porte sur ses frêles épaules fantasques tout le poids de l'espoir et d'un optimisme en lutte constante. Comme lui, on a même envie de croire que l'étrange effet de flash dans le ciel -la bombe H sur Hiroshima- , c'est sans doute Dieu qui prend une photo de madame Victor...
Mais derrière l'apparence d'un "happy-end" hollywoodien, Spielberg a encore l'élégance de ne pas mentir: dans les bras de ses parents retrouvés, l'enfant n'est plus, et la caméra s'attarde sur ses yeux en guise d'épilogue.
Il a le regard d'un vieil homme.
Presque d'un mort.


Laurent.

30 août 2008

Dallas à Mirande ?

En bon trentenaire ancien téléphage, comment se défaire de son coté "groupie" lorsque Larry Hagman, Linda Gray, Steve Kanaly, Patrick Duffy et Charlene Tilton se retrouvent réunis dans un trou perdu du Gers ? Impossible.
Bien que visiblement fatigué, ce machiavélique JR aurait-il trouvé du pétrole à Mirande ? Ou les Ewing ont-ils troqué leur barbecue annuel à Southfork pour le célèbre festival européen de musique Country ?
Le mystère reste entier.
Toujours est-il que la charge d'émotion ne se fait pas attendre lorsque vos yeux croisent le regard et le sourire -toujours très pro- de ces visages familiers.
Un an et quelques semaines, bizarrement c'est ce qu'il m'a fallu pour trouver l'idée de déterrer ce souvenir filmé. Enfin, bizarrement... JR est bien placé pour savoir sans doute de quoi il en retourne.

07 juin 2008

Le chant des mots migrateurs



Certaines années vous font lever les yeux au ciel plus que de raison.
Pour diverses raisons.
En 2004, au cours d'une nuit, je croisai le regard des cieux et je pus voir l'arrivée de mots migrateurs.
Ils élurent domicile dans mon esprit, le temps d'un chant.

* * * * * *

Toi le toit du monde


Mon tout premier regard s'est tourné vers toi.
Tu es le plafont du monde, le toit de tout.
Rien ne peut t'atteindre car tu es dépourvu de limite.
L'éternité, partie intégrante de ta nature, s'est glissée jusque dans la source d'inspiration que tu offres, jusque dans l'étreinte de ton mystère.
Depuis la nuit des temps, ton infinitude fascine et effraie les hommes qui t'ont intégré au coeur de leurs plus illustres légendes et recherches.

L'absence de frontière et d'obstacle qui te caractérise font de toi le tout premier symbole d'un immense fantasme, un état de plénitude que personne ne parvient à atteindre de son vivant. Seuls tes hôtes de toujours, qui de leurs ailes majestueuses et si jalousées te sillonent dans l'allégresse et la légèreté, semblent avoir ce privilège.
Combien d'hommes ont rêvé, rêvent, et rêveront à jamais de te dompter ? Combien d'esprits trop enthousiastes et envieux ont tenté de réaliser les prouesses d'Icare, ce personnage mythique que leurs ancêtres imaginèrent jadis ?
Quiconque ose se mesurer à toi est condamné à un funeste sort auquel tu assistes, impitoyablement indifférent.

Tu domines tout, tes yeux sont partout.
Ton insolente présence ne pourra jamais être prise en défaut.
Tu es le spectateur discret et impassible de notre destin dérisoire.
Imperturbable, tu assistes à nos fulgurants triomphes, et notre inexorable chute.
Tu as tout vu, rien n'est un secret pour toi.

Tu sais tout de mes succès, de mes échecs, de mes joies, de mes peines, de mon impossible quête.
Mais tu sais aussi susciter l'apaisement et la douceur.
Et lorsque la mélancolie s'empare de moi, je me surprends à te regarder avec tristesse, comme si une réponse se dissimulait dans ton immensité pastel.
Personne d'autre ne me connait mieux que toi.
Tu étais là, aux premières loges, lorsque j'ai connu ma première nuit d'amour.
Complice, ton infinie prunelle d'ébène nous as offert le spectacle majestueux d'une constellation d'étoiles dont la lueur caressait nos corps hésitants.

Mes yeux sont en extase devant la palette de couleurs délicates que tu revêts au gré de tes émotions et de tes sentiments.
Car tu as aussi une puissante personnalité, un sacré charisme !
Je sais que deux splendeurs font balancer ton coeur...
Entre la rayonnante sphère de feu, et le troublant croissant d'or, tu hésites.
Tu ne veux blesser personne, tu te sens contraint et forcé de mener une double vie.
Alors, pour mieux cacher tes infidélités célestes, tu nous plonges quotidiennement tantôt dans la lumière, tantôt dans les ténèbres.
Cette situation délicate ne manque pas de te destabiliser, formant stratus et cumulus qui embrument considérablement ton esprit... Et sans doute le notre, aussi.
Quelque-peu effrayé, j'admire avec quelle fulgurance divine tu manifestes ta colère, emportant, foudroyant tout sur ton passage.
Je compatis à ton chagrin que tu expulses violemment en une myriade de larmes qui bien souvent se mêlent aux miennes.
Pour mieux rincer ce bas-monde.

Tu nous accompagnes sur le chemin de la vie.
Beaucoup prétendent que tu es le royaume des dieux, que tu accueilles notre âme enfin en paix.
Ce dont je suis sûr, c'est que mon tout dernier regard, comme le premier, risque de se tourner vers toi.
Sans doute parce-que tu es une magnificence.
La force brute et prodigieuse que nous n'avons pas.

Tu es un fantasme.

Laurent (2004)

18 mai 2008

Stress en "musique"




Comment créer un bon gros buzz pour son groupe ?
Les petits malins du duo Justice, nouvelle sensation "French Touch" de la scène electro parisienne, ont dû se creuser la tête longtemps...
Epaulés par un réalisateur de clips qui a visiblement un peu trop maté "Ma 6T Va Kracker" de Jean François Richet, "Irréversible" de Gaspar Noé, et "Orange Mécanique" de Stanley Kubrick, nos trois compères ont finalement trouvé la solution-miracle en s'inspirant du destin de ce dernier film: créer le scandale et la polémique pour tenter d'acquérir le statut d'oeuvre culte, par l'intermédiaire d'un sujet des plus sensibles (la délinquance en banlieue), dans un clip à la violence paroxystique... Pas la moindre amorce de scénario: filmé à l'épaule façon docu, on y voit un groupe de jeunes -noirs, forcément- arborant le symbole du groupe, tout casser, violanter, cogner, bruler, avant d'achever le cameraman.

Selon certains fans qui peinent à cacher leur inquiétude, il s'agirait d'une dénonciation virulente de l'image des banlieues véhiculée par les Médias... Les médias ont bon dos !
Si c'est vraiment cela que les médias s'obstinent à montrer, il faut croire que les mecs de Justice et leur réalisateur ont tenu à leur rendre un vibrant hommage !

Pour ma part, ce clip est une récupération à peine déguisée, honteusement opportuniste et complice des images qui, comble du cynisme, stigmatisent notamment des gens de couleur en difficulté sociale.
Comment ces images vont-elles être interprétées par les personnes vulnérables, celles qui ont peur, ou encore celles qui n'ont pas suffisamment accès à la culture ?
Ne constituent-elles pas un cadeau royal pour certains poltiques, tels le FN, qui pointe du doigt cette banlieue-là, cette population issue de l'immigration, etc ?
Il serait également intéressant de se demander ce que les membres du groupe Justice -qui sur le coup aurait dû s'appeler plutot "Auto-Justice"- connaissent vraiment de la banlieue... Y-ont-ils vécu ?

Quant à la musique, elle est nulle.
Il ne suffit pas de savoir bricoler des loops et connaitre les secrets du gros son pour avoir le talent des Daft, Air, Kris Menace ou Fred Falke...
Enfin, la musique a au moins le mérite de s'appeler "Stress", titre qui s'accorde bien avec les images.
Le spectacle provoque en effet un stress intellectuel que j'appelerais par son nom le plus concis: consternation.

L

La générosité aux enchères



Ca ne date pas d'hier, l'oeuvre caritative est aussi une mode, strass et paillettes à l'appui pour, parait-il, attirer l'attention du plus grand nombre.
Mais récemment, quelques coeurs charitables fort pourvus en espèces sonnantes et trébuchantes, créateurs de grandes associations caritatives autant que maîtres marionnettistes à Wall Street, ont lancé une toute nouvelle tendance.
Aujourd'hui, à l'heure de la victoire écrasante des apparences au détriment du fond, la bonne oeuvre revêt souvent la forme du divertissement con à la télé, telles les consternantes lofteries et autres Dechavânneries de TF1 par exemple. La qualité de ces programmes est telle que la chaîne semble souligner leur intérêt caritatif autant pour se disculper de les diffuser... A moins qu'il s'agisse aussi de faire culpabiliser le spectateur critique devant tant de vacuité. Mais le nouveau concept en vogue qui m'intéresse ici consiste à parer une bonne oeuvre en rendez-vous avec une star mis en vente sur un célèbre site d'enchères en ligne (eBay & consorts).
Conformément au principe de l'enchère donc, seul le plus fortuné et offrant des chalands peut ainsi étancher sa soif de VIP en s'offrant un tête à tête avec son idole Scarlett Johansson, Richard Berry, ou Johnny Depp.
L'intégralité de la somme payée profiterait à une association caritative, tout en créant le buzz au bénéfice du nouveau film ou album de la star qui se prête au jeu.
Ma foi, pourquoi pas ? Tout le monde est content !

En même temps, comment ne pas voir derrière ce concept un effet incroyablement pervers, qui participe des inégalités...
En effet, un des maux de notre époque est un comportement de plus en plus individualiste et indifférent, tourné vers la recherche du profit personnel et immédiat, au détriment d'autrui et de son environnement.
Or dans ce monde où le "chacun pour soi" prévaut, au problème du malheur de ceux qui n'ont rien, des gens qui ont tout n'ont rien trouvé de mieux que d'apporter une réponse anti-solidaire: c'est le plus offrant qui va aider les malheureux, et non le groupe social partageant un lien de responsabilité...
Le principe de vendre une bonne action aux enchères prive forcément les petites bourses de leur participation, et offre en quelque sorte le monopole de la générosité à une seule et même personne fortunée... Welcome in the World Of Individualism and Money !
Nouvelle preuve parmi tant d'autres que les puissants, même de bonne volonté, font la pluie et le beau temps, pendant que le malheur ne cesse de s'alourdir pour d'autres.

En même temps, j'imagine -et je peux le comprendre- que certain(e)s me reprocheront de perdre de vue l'essentiel: plus la somme est importante et mieux c'est pour la bonne oeuvre !
Oui, mais...Non. C'est la solidarité qui me semble être la bonne solution, et l'initiative que je viens d'évoquer n'est pas compatible avec ma conception de ce terme.
Je continue à penser qu'il n'y a pas de "trop petite somme", et que l'édifice de la solidarité se bâtit par l'apport de la pierre de chacun(e), et non de l'unique rocher, aussi immense soit-il, d'un seul individu.

L

16 mars 2008

Un cours de danse avec monsieur James Brown !

Quelques pas de Boogalloo, Mashed Potatoes, Funky Chicken, Camel Walk... Et ça repart!

(Ne pas oublier de mettre le son bien fort!)

Funky en diable yeaaah!

16 septembre 2007

Le panier de fraises



- Tenez ma douce bergère, elles sont pour vous.

- Des fraises ?... Vous êtes bien brave mon ami, et soyez sûr que j'en suis flattée. Toutefois ma stupéfaction ne saurait noyer quelque inquitétude que ne m'aurait guère inspiré un bouquet de fleurs !

- Dites-moi tout ! Je suis prêt à écouter le moindre de vos griefs... Toujours je saurai me montrer digne à votre égard.

- Eh bien soit... Sachez donc que votre panier de fraises m'inspire méfiance... Mon éducation m'apprit très tôt que les hommes ne pouvaient prou dompter leurs coupables et fripons desseins intérieurs à la simple vue d'une femme innocente !

- Vous m'en voyez navré de m'être montré si cavalier.... J'acquiesce, et ne tiens nullement à vous dissimuler plus longtemps mes fougueux sentiments... Tant de lunes que je parcoure ces sentiers vallonés et accidentés, affrontant dragons redoutables et vils gueux pour les empêcher de vous dérober à mon regard...

- Je vous en prie.... ("jevousenprie! jevousenprie" s'écrie l'espiègle perroquet de la bergère)... Tais-toi Kiki !

- Pardonnez les soubresauts de mon coeur aveuglé... Je m'incline et me retire en maudit pour méditer dans une nuit sans étoiles... Mais avant ma retraite définitive, permettez-moi de vous exprimer ma gratitude pour avoir offert à Kiki vos bonnes et généreuses mains qui, je n'en doute aucunement un instant, le sauveront d'un funeste destin tel qu'en fut victime le gallinacé Kiki du Seigneur Lochet...

- Attendez preux chevalier, ne partez pas... Vous ne m'importunez point mon brave. Bien que maladroit, la noble générosité de votre geste me touche....
Un gage sera votre peine. Si vous m'apportez des cerises, je préparerai un gâteau et vous offrirai hospitalité...

- Mon dieu, gente damoiselle, croyez bien en mon allégeance et ma détermination dans cette quête que vous et votre fidèle compagnon à plumes prénommé Kiki, me confiez. Et bien que la saison ne soit plus opportune, nous ne succomberons point à la facilité d'acheter ces nobles fruits auprès de quelque marchand ambulant.
Nous tâcherons en conséquence, moi et mon brave destrier Kokanasson, de ne point vous décevoir... Jusque dans les contrées les plus reculées, nous irons cueillir les plus charnus et juteux de ces petits fruits rouges gorgés de plaisirs gustatifs.

- Ne vous donnez point tant de peine mon preux chevalier... Votre dévouement m'émeut et me trouble... Veuillez d'abord vous accorder une trêve méritée. Je vous invite à partager ce modeste déjeuner en ma compagnie.

- La Colère Suprême des Cieux ne saurait m'empêcher d'accepter votre invitation !


Laurent

19 août 2007

Merci Mozart

Extrait magnifique du jubilatoire "Préparez Vos Mouchoirs" de Bertrand Blier.
Depardieu, Dewaere, Serrault touchés par la grâce du jeu d'acteur s'époumonent sur le Concerto pour Clarinette du grand Wolfgang, pendant que Carole Laure, incarnation du mystère féminin dans toute sa splendeur, leur tricote...une layette sans doute ?! ^^
Enorme!

09 août 2007

Je t'ai tellement aimée Kate

- Et je t'aime toujours autant..

Non, ce n'est pas une réplique de Steve déclarant sa flamme à une autre dans le dos de Jessica des Feux De l'Amour, mais juste moi avec mon cerveau un peu périmé sans doute, tant je reste sensible aux "vieux" trucs des années 80. Mais bon, vous commencez à connaitre la musique vous qui vous risquez encore à consulter cet étrange blog !

Donc, pour en revenir à nos moutons -moins de Panurge que de Patine cela dit-, ce soir sur le chemin du retour, j'allume mon autoradio -dépassé lui aussi, forcément- et je tombe sur ça :


Quel panache, quel talent, quelle sensibilité, quelle beauté divine cette Kate Bush... Allez pour la route, encore un, c'est tellement bon d'entendre la voix cristalline de cette jolie fée :



Moi je vous le dis bande de petits galoupios abonnés aux Britney's : on n'en a plus des comme ça ! Et gare à celui qui me dira le contraire !! ...Ah ces jeunes, aucun respect pour les anciens !

Signé papy Laurent

31 juillet 2007

Michel et Michelangelo

Un acteur et un cinéaste.
Deux génies du cinéma qui s'éteignent à 2 jours d'intervalle.
RIP monsieur Serrault.
RIP monsieur Antonioni.



15 mai 2007

Le rêve d'Amour

Amour est un gladiateur intrépide.
Lorsque il ne brave pas ses semblables, il lutte sans relâche contre le plus redoutable de ses adversaires.
Lui-même.
Amour est un corps nu, meurtri; sa peau un parchemin maculé d'écorchures, de stigmates qui racontent toute son histoire.
Il continue d'avancer tant bien que mal la tête haute, il le faut, même avec le poids d'un ciel de grêle sur les épaules. De ses poings à vif jusqu'à l'os, sans bruit, il abat murs et mirages qui se dressent contre lui.
Tout au long de son odysée, Amour prend des coups, et pour son grand malheur peut parfois en rendre aveuglément, terrassé par la fougue de l'incompréhension. Du Désespoir.
Victime de faiblesses qui jamais ne lui seront pardonnées, il boite, salit inévitablement son chemin accidenté tant il pisse le sang de toutes parts.
Pourtant Amour le blessé n'est qu'un baroudeur pacifiste qui exsude la Passion, pleure secrètement des larmes d'Existence sur les terres charbonneuses de l'Oubli.
Dans les ténèbres silencieux de l'indifférence, Amour ne craint que le spectre de la solitude, drapé dans son suaire cousu de souvenirs. Mais même ce dernier ne peut interrompre le combat du battant insensé.
Jusqu'au bout, sous l'oeil du Néant menaçant, Amour erre dans un désert aux antipodes inconnus, ramasse les gemmes laissés par celle qu'il a rêvée.
Pour lui en faire un collier étincelant.

J'ai rêvé d'Amour, ce type simple qui ne comprend pas toute la complexité du monde et souffre de ne savoir qu'être.
J'ai rêvé de son ivresse d'existence après qu'il ait bu ses paroles.
Au goulot de son coeur, perdu.
Je rêve encore d'Amour et de son rêve d'elle.
Son rêve d'ailes.
Mais peut-être suis-je moi même un rêve ?
Ou un rêve à l'intérieur d'un rêve.
Celui d'Amour ?
Je ne sais plus.
Mais j'ai le goût de son sang dans la bouche.

Laurent


08 avril 2007

Le solo de Pat

Pat Metheny est un immense monsieur du jazz, l'un des plus grands guitaristes de tous les temps.
Il y a en chaque être quelque chose de miraculeux, et Pat est de ceux qui parviennent à le faire sortir pour le canaliser au bout de ses doigts. Ses mains insufflent la vie à des guitares venues d'une autre planète qui soudain ont une voix, un souffle.
A ce moment là, Pat n'est plus avec nous.
La tête bessée, les yeux clos, et ses incroyables expressions faciales en témoignent, l'artiste a fusionné avec son instrument, il est lui-même devenu musique.
Se faisant l'écho d'une symbiose parfaite entre différentes cultures, le chant de ses cordes exalte la plus universelle des poésies.
Le solo de Pat touche à sa fin, et le public exulte, le remercie de lui avoir offert, l'espace de quelques minutes, comme un avant-goût d'éternité.
Quant à l'homme, il lui faut un long moment pour relever la tête, ouvrir les yeux, reprendre possession de son corps.

L

Pat Metheny - Message To A Friend

01 avril 2007

Marche funèbre (compo)

Deuxième exercice d'improvisation dans le genre Ambient louchant vers le Classique, cette nouvelle compo bouclée dans l'aprem va finir de vous convaincre que je suis effectivement ce qu'on appelle un "musicien du dimanche" !
Désolé pour le titre qui respire la gaieté ^^ mais en écoutant la chose, je la verrais bien en musique de fond pour une scène de film: un cortège funèbre dans les bois, mais plutot une forêt et des êtres de conte à la Miyazaki.

Fichier de travail rps dispo sur Reasonstation: http://www.reasonstation.net/users/usersng.php?user=27291










25 mars 2007

Reminescence (compo)

"Reminescence" et non "Réminiscence", mot exact du dictionnaire.
Réalisée avec Reason le Dimanche 25 Mars 2007.










03 mars 2007

C'était un rendez-vous (Claude Lelouch - 1976)

Claude Lelouch l'a toujours dit: sa vie est une partie de poker.

En 1976, le tournage de "Si c'était à refaire" -titre étrangement évocateur- à peine bouclé, Lelouch se rend compte qu'il lui reste quelques centaines de mètres de pellicule. Sans doute épuisé mentalement, et en même temps libéré de la pression extraordinaire qu'exige la réalisation d'un film, le cinéaste décide de ne pas rendre les bobines vierges et d'en faire usage pour un court-métrage fou.
Aux aurores, il extirpe de son sommeil une actrice, puis son chef-op' qu'il embarque dans une voiture surpuissante. Lelouch laisse alors exploser sa liberté au volant -il reconnaitra plus tard avoir "pété les plombs" ce matin-là.
Le cinéaste, en effet, ne réfléchit plus et fait fi de tout règlement quelque soit le danger, y compris celui de mettre en péril la vie des autres, pour ne suivre que son instinct cristallisé autour de sa caméra -toute sa vie. Cette dernière enregistre donc en vue subjective le plan-séquence de sa folle traversée de la capitale.

Quel est l'objectif de ce chauffard apparemment en retard, tel un pilote de course refusant de s'arrêter tant qu'il n'est parvenu à atteindre son but ?
Bien qu'on ne puisse l'anticiper, il y a évidemment une extrémité où se trouve l'arrêt, et on ne peut que l'attendre au tournant, avec crainte, parce qu'il est de toute façon inévitable et va tout changer: à l'autre bout c'est soit l'échec et la mort, soit la vie, qui attend le conducteur...
Le fait que la séquence se déroule à une heure où se disputent ténèbres et jour, peur et espoir, en renforce d'autant plus la puissance évocatrice. Il y a même quelque-chose de pathétique dans ce hurlement ininterrompu du moteur troublant un Paris étonamment désert.

Claude Lelouch offre ainsi, à mon sens, une parabole romantique de sa vie personnelle qu'il aime plus que tout, parce qu'elle est aussi cette partie de poker vécue à deux cents à l'heure.
S'il est toutefois difficile de ne pas reprocher au cinéaste la folie de son entreprise, somme toute dangereusement égoïste, par le fait qu'elle ait également transformé en partie de poker la vie d'automobilistes, voire de piétons; il est tout aussi difficile de ne pas reconnaitre l'oeuvre d'un artiste impressionnant qui fascine le plus grand nombre, admirateurs et détracteurs compris
-"Admirateurs, détracteurs, mode d'emploi", peut-il y avoir plus Lelouchien comme titre de film ?

L

24 février 2007

Le Libertango de Grace Jones (1981)

06 janvier 2007

La nouvelle vient de tomber

Michael Jackson serait attaqué pour plagiat !
En exclusivité, la pièce à conviction :

16 octobre 2006

Aujourd'hui

Tu ne croyais tout de même pas que j'allais t'oublier ?! ^^
Aujourd'hui msieurs'dames, c'est la St Edwige !
Alors, j'en profite pour te souhaiter la meilleure fête qui soit, toi copine si loin et si proche.
Pour l'occasion, j'ai écrit ce mini conte surréaliste que je te dédie (je l'ai posté sur PDM aussi au cas où tu ne le verrais pas ici). Bises !


**** La toile inachevée ****


Elisa et Antoine se rencontrèrent dans une galerie d'art.
Tous deux artistes dans l'âme, leur passion pour la peinture scella rapidement leur amitié.

Chaque fin de semaine, dans son hangar faisant office d'atelier, Antoine travaillait de longues heures durant sur une imposante toile appartenant au genre abstrait.
Certains jours il l'adorait, et d'autres il la haïssait, la maudissait.
Car souvent, ce qui l'embellissait la veille l'enlaidissait le lendemain, et inversement.
La toile se métamorphosait sans cesse, au gré des humeurs de son créateur, le faisant rire, et même parfois pleurer.

En la regardant, Antoine savait que jusqu'à la fin cette toile resterait inachevée à ses yeux. Mais jamais il ne pouvait se résoudre à cesser de travailler sur son amie-ennemie intime.

De nombreuses personnes s'extasiaient en voyant la toile d'Antoine. Alors, ce dernier surprenait tout le monde lorsque soudain il leur glissait un pinceau dans la main et les invitait à y ajouter leur touche personnelle.
Mais ces petites interventions extérieures survivaient rarement aux assauts successifs du peintre principal. Souvent interrogé au sujet de son oeuvre, d'aucuns lui demandaient s'il pensait avoir une idée du moment de son achèvement.
Oui!...la minute précédant mon dernier souffle! leur répondait-il avec un rire léger.

Un samedi soir, exténué, Antoine manqua d'oublier qu'il avait invité Elisa à dîner.
La surprise de la jeune femme fut grande lorsqu'elle se trouva nez à nez avec la toile.
Cy Twombly serait jaloux ! s'écria t'elle, avant de poursuivre sur ses impressions personnelles.
Très touché par ses commentaires, et fidèle à son habitude, Antoine lui tendit une palette et des pinceaux...

- Je ne peux pas, c'est ton oeuvre à toi, Antoine... et puis...elle est belle comme ça...
- elle te plait vraiment ?
- elle est magnifique.
- alors elle est un peu à toi aussi !


Et Antoine, non sans mal, parvaint à convaincre son amie tout autant passionnée, d'offrir à l'immense toile un peu de son pinceau et de ses couleurs uniques. Il était fasciné par les teintes que la jeune femme obtenait de ses mélanges sur la palette.

Tous deux y allèrent de leurs ardents coups de pinceaux jusqu'à tard dans la nuit, mais la fatigue eu finalement raison d'Antoine, vaincu par son vieux sofa -faisant presque concurrence à la grande toile tant il était peinturluré !
Il s'endormit.

Quelques heures plus tard, le jour se levait. Elisa était partie sans un bruit.
Elle lui avait laissé un petit mot, lui expliquant qu'elle n'avait pas voulu le réveiller, et le remerciait de lui avoir offert le bonheur de recréer un peu sa toile.

Antoine ne savait pas s'il reverrait Elisa, mais ce dont il était sûr, c'est qu'il tenait beaucoup à la petite touche personnelle qu'elle avait laissée dans son oeuvre. Cette dernière semblait perdre un peu de son abstraction au profit de l'évocation possible d'un paysage à la fois étrange et rassurant :
dans un ciel injecté de ténèbres par endroits, au firmament d'une nuée de stratus tout en mauves et rosés chaleureux, un soleil d'albâtre et une lune vermillon s'y étaient apparemment donnés rendez-vous.

La toile éternellement inachevée d'Antoine n'avait pas fini de le narguer.
Elle ne serait jamais clémente, jamais facile à son égard, mais elle était aussi belle à travailler. Il l'aimait trop pour se décider à la ranger ou l'abandonner.

Beaucoup de choses sur cette toile s'étaient passées, s'étaient pensées, et bien d'autres allaient survenir : autant de petites touches et de couleurs, évanescentes pour la plupart...
Mais Antoine le savait, celles d'Elisa appartenaient à ces quelques rares petites touches fort contrastées, que les autres sur la toile ne pourraient éclipser.

Laurent

03 août 2006

Pirates des Caraïbes 2 : Piratage ! (critique)



Déception !
Les aventures de nos pirates des Caraïbes virent au grand-guignol, voire au grand n'importe quoi.
Après avoir signé un premier épisode pétillant, Gore Verbinsky a finalement succombé aux démons du vilain Hollywood, probablement sous la pression de son gargantuesque producteur Jerry Brukheimer.
Ce nouvel opus est en effet une démonstration de tous les tics et travers agaçants de l'imposante machine américaine sans saveur: rutilante, bruyante, mais -surtout- creuse.
Exit la fraicheur et le panache du premier épisode, bel hommage dépoussiérant au film de pirates.
Tous les personnages initiaux sont bien là, mais ils sont malheureusement écrasés par un scénario fourre-tout, un trop plein de péripéties qui les empêchent d'exister à l'écran. Ainsi Orlando Bloom et Keira Knightley paraissent bien falots, et Johnny Depp cabotine généreusement pour ne pas être emporté par la tempête.
Tout y est, ou presque: le conflit d'intérêts; les pirates zombifiés par les abysses; la tribu de cannibales (..horriblement "toc"); le coffre mystérieux; la pieuvre géante; la pseudo-sorcière vaudou; (...)
Verbinsky s'obstine à caser au forceps tout ce beau monde dans les 2 heures 30 du film. Problème: comment y parvenir sans que la cohérence du scénario en patisse dangereusement ?
Apparemment, le cinéaste ne se pose pas la question.
Priorité absolue au spectaculaire donc.
Alors, un peu au petit bonheur la chance, on flanque tout dans un shaker, on rajoute une louche de cascades, une autre de musique omniprésente (tic purement hollywoodien), puis on secoue bien fort: la digestibilité du coktail dépendra sans doute de ce à quoi s'attendent les spectateurs.
Et là, deux hypothèses.
Le film s'apparentant beaucoup plus à un trip d'attraction forraine (dont il s'inspire à l'origine), ceux qui iront au cinéma comme ils monteraient sur un luxueux (et interminable) manège, ne devraient pas être déçus.
Et d'un point de vue technique, il est vrai que le spectacle tient ses promesses. Le tentaculaire Davy Jones et ses sbires mi-hommes mi-crustacés-coraux ont vraiment de la gueule. Bref, une fois de plus, ILM sort le grand jeu.
Mais finalement l'effet de surprise est quelque peu plombé par tant de prouesses numériques que l'on s'est habitué à voir depuis quelques années dans les blockbusters américains...
Les autres spectateurs séduits par le charme et l'ambiance du premier opus risquent donc de vite perdre pied et de trouver le temps long, tant il manque dans cette suite l'essentiel: une substance.

Laurent

26 juillet 2006

Drole de rêve

Clip des 80's, psyché' à souhait...
Un peu kitsch aussi :)
Mais étrange comme un rêve...
Entre féérie légère et doux cauchemar.
Et cette belle musique aérienne que j'ai l'impression d'avoir déja entendue.
Il y a longtemps... longtemps...
Elle m'évoque des souvenirs exquis, mais lesquels ??!

The Art Of Noise - "Moments In Love"

20 juin 2006

Photos de voyages


Le web offre des moyens de sauvegarde interessants. Dans cette optique, j'ai pris l'initiative de scanner la majeure partie de mon album photos.
Et puisque nous entamons la période estivale propice aux vacances, je vous propose un visionnage en ligne de quelques photos de voyages. Une série de clichés ramenés de mes voyages plus ou moins linguistiques lorsque j'étais lycéen/étudiant, guidé par l'euphorie de la découverte et du risque de me perdre dans l'immensité d'un ailleurs lointain.

Elles ont ainsi une valeur subjective particulière. Le témoignage visuel, forcément incomplet, de quelques secondes "dérobées" par mes jeunes yeux fascinés et candides.

Vous ne trouverez donc pas grand chose de particulièrement original dans ces images qui ont presque tout de la carte postale: alors considérez-les simplement comme une invitation au voyage, et n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires ou questions !

....:::: Galerie Etats-Unis ::::....

....:::: Galerie Hong Kong ::::....

....:::: Galerie Tokyo ::::....

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09 avril 2006

Cinémotion : Rêves (Akira Kurosawa - 1990)

Et voila, ça recommence.
Je sais pas pour vous, mais j'ai toujours un peu de mal avec les bonnes résolutions: je me dis à chaque fois que j'arriverai à les tenir la fois suivante : )
Ah! c'est finalement difficile de s'imposer ce qui, de toute évidence, est "bon" pour soi. Bien plus que ce qui ne l'est pas... Condition humaine, quand tu nous tiens.

Ce week-end par exemple, j'avais prévu de rompre avec le quotidien. M'éloigner du PC. M'oxygéner dans une de nos verdoyantes contrées encore en stock... Mais j'y ai malheureusement trouvé l'orage et la pluie.
Bref, me voila de retour devant l(es) écran(s) pour le jour du seigneur !
Au moins ce PC marche bien, mais avant de l'allumer, je me suis d'abord offert un dépaysement par l'image signé Akira Kurosawa.
J'ai revu les huit rêves d'un petit garçon de 80 ans, l'âge qu'avait en 1989 cet immense cinéaste japonais lorsqu'il les immortalisa sur pellicule... La coincidence voulut qu'il nous quitta huit ans plus tard.



Soleil Sous La Pluie - Le Verger Aux Pêchers - La Tempête De Neige - Le Tunnel - Les Corbeaux - Le Mont Fuji En Rouge - Les Démons Gémissants - Le Village Des Moulins A Eau.
Autant de rêves contés avec une limpidité qui n'a d'égale que la beauté des images dont la composition rappelle celle des estampes japonaises.

Soutenu depuis Kagemusha par les deux imposants admirateurs que sont Spielberg et Lucas, Kurosawa exploite les dernières avancées technologiques de l'époque en matière d'effets-spéciaux pour filmer par exemple son double en train de courir dans les paysages à l'huile de Vincent Van Gogh.
La peinture ayant été un des premiers amours du cinéaste japonais -il la pratiqua jusqu'à sa mort- , Les Corbeaux est un hommage passionné au célèbre peintre hollandais, interprété ici par...Martin Scorcese! Autre poids-lourd du cinéma de qualité et lui aussi grand fan de son homologue nippon.


La structure du film est ainsi celle du film à sketches, un genre qui semble t'il n'a pas été toujours bien compris par la critique. Rêves ne fit pas exception à la règle, et lors de sa sortie, une grande partie de la presse qualifia le film de "mineur", voire "décevant" dans l'oeuvre de Kurosawa.
On lui reprocha notamment la naiveté des images et du message, au même titre qu'une certaine lenteur dans le rythme, l'absence du souffle épique qui caractérisait ses films de samouraïs...
D'un certain point de vue, c'est vrai.
Mais pourquoi ne pas considérer Rêves avec plus de simplicité et moins de références, c'est à dire sans perdre de vue la démarche du maître: il nous raconte visuellement ses rêves, ni plus ni moins, nous offrant un précieux témoignage intime.
De façon très naturelle, le film nous en apprend ainsi beaucoup sur la personnalité profonde du cinéaste.


Dans Soleil Sous La Pluie, un enfant -que l'on devine être le petit Akira- transgresse un interdit: il se cache pour voir les renards se marier dans la forêt.
L'exil forcé sera sa punition.
C'est bien connu, l'interdit fascine et finit par l'emporter. Mais surtout, le cinéaste est un homme qui vit pour l'image, et par analogie, en voyant ce premier rêve, difficile de ne pas penser à l'enfance de Kurosawa dont le destin bascula dans une salle de cinéma, malgré l'interdiction de son père professeur à l'école militaire de l'armée...

Le réalisateur s'exprime d'ailleurs sur la tristesse et l'absurdité de la guerre dans Le Tunnel.
Un officier revenu du champs de bataille, croit voir -au propre, comme au figuré- le bout du tunnel, la fin de l'horreur... Mais les fantomes des disparus qui étaient sous ses ordres le rattrapent. Ils incarnent la torture du sentiment de culpabilité que ressent un homme convaincu qu'il est responsable de leur mort.
"Héros, vous avez eu une mort de chien!" leur dit-il en pleurant avant de les supplier de repartir, nous rappelant que la guerre détruit aussi ceux qui lui survivent.

En dehors des rêves brièvement évoqués et La Tempête de Neige qui fête la volonté de survie de trois montagnards, les autres rêves ont pour fil conducteur le problème de l'anéantissement de l'environnement par l'homme.
Dans Le Verger aux Pêchers, face aux âmes des arbres fruitiers abattus, le petit Akira se défend de pleurer parce qu'il ne peut plus se délecter de leurs pêches: c'est le spectacle des arbres en fleurs qui lui manque, car "s'il est facile d'acheter des fruits, où peut-on acheter tout un verger fleuri ?"
Après le défilé nuptial des renards, le ballet des pêchers. Chorégraphies typiquement japonaises dont le lyrisme célèbre la beauté de la nature.
Et d'une manière générale, Kurosawa est admiratif devant les fleurs et l'harmonie des couleurs qu'elles offrent -ses routes et chemins rêvés en sont le plus souvent bordés.


Mais si le spectacle dans le deuxième rêve se terminait sur une note d'espoir, les angoisses de Kurosawa sur la pollution prennent le dessus et explosent à l'écran dans les cauchemars Le Mont Fuji En Rouge et Les Démons Gémissants.
A la suite de l'explosion d'une centrale nucléaire, le mont Fuji s'écroule, et tout l'archipel sombre dans le néant. Le réalisateur, à présent incarné par un adulte, sorte de touriste candide découvrant le monde de ses rêves, lutte en agitant désespérément sa veste pour repousser les horribles nuages radioactifs technicolorisés.
La peur de la bombe atomique et les ravages du nucléaire reprennent de plus belle dans Les Démons Gémissants, vision de l'enfer dans lequel les hommes, devenus de misérables démons cornés à cause de leurs excès destructeurs, sont condamnés à errer et à se dévorer entre eux...


Pour rompre radicalement avec le pessimisme des rêves précédents, le film se termine avec légèreté sur un beau songe utopique: et si l'homme réapprenait à vivre en totale harmonie avec la nature ?
Dans Le Village Des Moulins A Eau, les habitants vivent au milieu de la forêt avec l'énergie hydraulique et meurent centenaires. Même la mort naturelle y est célébrée comme une fête, voire une leçon de vie, car elle n'est pas considérée comme une fin injuste, mais comme la renaissance d'un cycle.
Peut-être que les hommes seraient plus aptes à accepter l'épilogue de leur existence s'ils ne le précipitaient pas avec les maladies qu'ils se sont eux même créees ?...


Le cinéma est art de l'illusion, art de la suggestion, art d'une symbiose avec d'autres formes de création artistique (musique, peinture, etc...) et Rêves est un de ces rares films qui illustrent si brillamment cette définition.
Le film-poème d'un grand monsieur qui en nous racontant ses rêves soulevait des questions, des inquiétudes universelles et terriblement d'actualité.
Le grand rêve d'Akira l'humaniste était de ne pas quitter ce monde sans avoir un peu d'espoir: l'espoir que les hommes apprendraient à mieux se respecter, et réaliseraient à temps l'urgence de protéger les beautés et les richesses de leur planète.

Si tu nous vois de la-haut Akira, j'espère que tu n'es pas trop déçu... : (

Laurent.

02 avril 2006

Cinémotion: Aguirre, La Colère de Dieu (Werner Herzog - 1972)


En 1972, le réalisateur allemand Werner Herzog, fasciné par les personnages souffrant de folie des grandeurs, rappelle son acteur fétiche -et ami-ennemi intime- Klaus Kinski pour aller tourner au fin-fond de la forêt péruvienne.
Le célèbre comédien incarne bien entendu Aguirre, le personnage principal de cette odyssée métaphysique.

Aguirre est un des hommes d'une expédition de conquistadores espagnols au XVI ème siècle, à la recherche d'un trésor de légende en Amerique du Sud: l'Eldorado -recherche qui causa la mort de millions d'amérindiens, esclaves, et décimés par les épidémies venues d'Europe- .
Victime du fleuve, un groupe d'hommes mené par Pedro de Ursua et de son bras droit Aguirre, se retrouve coupé des autres. Aidé par un complice, Aguirre se rebelle contre son supérieur qu'il neutralise, puis force les autres hommes à accepter de le suivre dans une quête impossible, aux confins de la jungle et de la folie destructrice...

Une image concentre toute la force du film et résume son propos, celle de l'épilogue: Aguirre se retrouve seul sur le radeau en train de sombrer.
Lui qui se prenait pour Dieu, avait promis richesse et empire à ses hommes, à sa fille, les voila tous morts, victimes de maladie, d'attaques invisibles, et d'épuisement. Son radeau est à présent envahi par les singes, et bien qu'il soit condamné, il continue, seul, à vivre dans son fantasme de l'Eldorado.

Werner Herzog ne pouvait pas trouver meilleur acteur que Klaus Kinski.
Pour la petite anecdote: les figurants péruviens, croyant vraiment à la folie brutale de Kinski, avaient proposé à Herzog de liquider l'acteur à la fin du tournage !
Cette oeuvre épique qui raconte la folie des hommes pour l'or, c'est à dire la richesse, le pouvoir, montre à quel point ceux qui en souffrent, au même titre que leur ambition démesurée, sont si dérisoires, si ridicules, face aux éléments, les forces de la nature -la colère de Dieu- qu'ils croient maitriser et veulent exploiter...
Si l'homme gagnait en sagesse, perdait en désir de profit, alors il respecterait mieux son environnement, autant humain que naturel, et par voie de conséquence il serait plus en mesure de survivre à la colère de ce qui le dépasse.
Un très grand film.

Laurent.

Cinémotion: The Fisher King (Terry Gilliam - 1991)


- J'ai soif,
dit le roi mourant au bouffon.
Le bouffon ramasse une coupe au pied du lit, la remplit d'eau et la tend au roi.
La douleur du roi disparait soudain et il réalise que c'est le Graal qu'il tient entre ses mains.
- Comment as-tu pu me trouver ce que toute ma vie j'ai cherché sans succès ?

C'est l'histoire d'une rencontre salutaire, d'une amitié improbable et extraordinaire entre deux grands blessés de la vie.
L'un est une ex-vedette de radio, l'autre un ancien professeur d'université.

Au début, Jack est une voix sûre et corrosive, une star de la FM qui chaque jour entend les soucis et les chagrins de ses auditeurs. Il en a fait son beurre et se fout éperdument de ce que ses clients lui racontent, n'hésitant pas à les envoyer paitre en ricanant. Mais ça fait partie du show, l'audience est bien là et en redemande.
A tel point que Jack se voit un jour courtisé par la télé, cette dernière lui offrant l'opportunité de jouer son propre rôle de méchant sorcier des ondes dans une sitcom.
Perché au sommet d'une tour de verre, le luxe froid et ultra aseptisé de son appartement est à l'image de l'homme, plein de certitudes. Un monstre de narcissisme et d'égoisme, la star qui maudit ses joues, se fait des masques de boue en se prélassant dans l'eau savonneuse de son jacuzzi.
Le voila en train de danser en peignoir devant sa télé.
C'est à ce moment précis que les informations du soir annoncent une tragédie terrible, ce moment où le destin de Jack va complètement basculer: un de ses fidèles auditeurs a interprété au pied de la lettre quelques paroles de l'animateur et a ouvert le feu dans un bar à la mode.
Bilan: sept morts.
En apprenant la nouvelle, le visage de Jack se métamorphose.
En quelques secondes, le Jack roi de la FM cesse d'exister.
L'homme si sûr de lui devient tout à coup un petit enfant horrifié, dépossédé de tout et d'une fragilité extrême...

Trois ans se sont écoulés, et aujourd'hui Jack est une loque, un alcoolique dépressif qui ne sait plus aimer et travaille plus ou moins dans un vidéoclub miteux dirigé par sa compagne, une femme très amoureuse et désespérée de ne pouvoir le guérir de sa hantise. Rongé par la culpabilité après la tragédie survenue trois ans plus tôt, il songe même au suicide.
Mais il sera sauvé in extremis par Parry, un drole de clochard convaincu que Dieu l'a chargé de retrouver le Saint Graal quelque-part en plein New York, et voyant en Jack un envoyé du ciel qui va l'aider à accomplir avec succès sa quête.

Parry est en fait un ancien professeur de littérature ayant perdu la raison après avoir vu sa fiancée mourir violemment devant lui dans le bar, le soir du grand drame. Lorsque Jack l'apprend, il se sent redevable d'une dette envers son nouvel ami, et va le suivre malgré lui.
Tous deux vont ainsi s'entraider pour trouver leur Graal qui est loin d'être la coupe dérisoire prenant la poussière à l'intérieur d'une grande demeure sur la 5eme Avenue.
Le Graal de Parry est en réalité une jeune femme maladroite et timide qui ne se sent pas assez jolie pour être aimée, et qu'il passe ses journées à observer discrètement dans la rue.
La Graal de Jack est de perdre enfin son sentiment de culpabilité, de payer sa dette, et pour cela il doit aider son ami à exaucer son voeu le plus cher...

A travers ses films, Terry Gilliam n'a cessé de nous dire que la réalité ressemble souvent à la fiction, que l'imaginaire et tout ce qui le stimule a un pouvoir salvateur.
En proie à des hallucinations, Parry se voit poursuivi par un terrible chevalier rouge qui personifie la réalité de son passé comme réduit et stoppé à ces quelques minutes trois années en arrière, ce moment durant lequel son destin a subi le cataclysme dont Jack est aussi la victime. Mais ce monde imaginaire dans lequel il vit lui donne aussi un but, le sauve, et va aider indirectement les deux hommes dans leur quête personnelle.

Gilliam filme ces droles de personnages en marge de la société avec une tendresse et un humanisme incroyables, nous montre à quel point le vrai bonheur tient à peu de choses. Mais il nous montre surtout que la vie n'est jamais une rivière tranquille, que rien n'est acquis. Parce que le destin est constamment un fil d'argile maléable et d'une fragilité extrême, tout peut basculer à nouveau, brutalement et extrêmement vite.
Ainsi, lorsque tout semble résolu, lorsque Jack est parvenu à provoquer le rendez-vous galant pour son ami qui séduit enfin la femme de ses rêves -séquence magique- , Parry est à nouveau la proie du terrible souvenir -le chevalier rouge!- et fait une très grave rechute, se retrouvant à l'hopital psychiatrique dans le coma. Ce violent retournement de situation survient au moment où le spectateur pouvait croire que le film se terminait là, de façon positive pour tout le monde, telle une belle histoire qui commence mal et se finit bien.
Ce n'est pas le cas. Pas encore.
Une nouvelle tempête balaye tout, les couples se défont dans la douleur et Jack rechute sévèrement lui aussi: il redevient finalement le Jack d'avant, de retour sur les ondes, ignorant ses anciens compagnons de rue. Et Gilliam souligne le fait qu'être roi est aussi un état d'esprit dont on ne peut se défaire que très difficilement, un roi reste un roi.

Mais Jack n'est quand même plus le même. Il est un roi souffrant, incapable d'oublier son drole d'ami qui l'a sauvé de la mort...un peu comme dans l'histoire originale du Roi Pecheur, lorsque le bouffon tend le Graal au roi, et le sauve.
Même s'il n'est pas directement responsable de l'état actuel de Parry, la culpabilité est revenue et continue à le hanter, lui donnant le sentiment que "même lorsque la vie lui sourit, il a l'impression que c'est pour mieux lui faire la gueule". Jack ne rêve maintenant que d'une chose: voir son ami sortir du coma pour se sentir enfin libre.
Alors il va tenter l'option de la dernière chance, prendre enfin son courage -son Graal- à deux mains dans une des séquences les plus droles du film. Et parce que la vie est aussi faite de ces particules de miracles et de bonheur, c'est par une pirouette sublime que le film fait alors éclore une fleur d'espoir, nous rappelant que si rien n'est jamais acquis, rien n'est jamais perdu non plus, tout peut arriver:
cette fois, c'est le roi qui va apporter le Graal au bouffon et le sauver...

De retour parmi les vivants, Parry transforme l'asile et ses internés... en chorale chantant "I like New York In June" ! Le spectateur se souvient alors de cette jolie scène, juste avant la chute, lorsque Parry est en compagnie de sa dulcinée, et attrape discrètement sur un tas d'ordures l'armature en fil de fer d'un bouchon de champagne. Elle lui parle de ce que l'on jette -un peu comme les internés et toutes celles et ceux que la société considère comme ses rebuts-. Elle même qui se croyait inutile et pas suffisamment belle pour trouver l'amour, semble métamorphosée par cette rencontre, son visage, sa beauté se sont illuminés tout a coup. Parry lui dévoile alors la paume de sa main sur laquelle est posée la petite armature transformée en minuscule chaise, et lui dit qu'"il y a souvent des choses magnifiques dans ce que l'on jette".

Et voila l'histoire de Jack et Parry, ces deux infirmes de l'existence qui eux aussi donnaient l'impression d'être finis, presque "bons à jeter". Une terrible tragédie les a réunis, et a remis en marche le coeur d'un roi qui en semblait dépourvu. Sa rencontre avec Parry l'a rendu humain. Quant à ce dernier, il n'aurait jamais vaincu le chevalier rouge sans cette rencontre.
Evolution heureuse et réciproque qui jaillit de cet ultime dialogue, tandis que nos deux héros dans le plus simple appareil, ont les yeux tournés vers le ciel, en pleine séance de "brise-nuages" -moment drolatique!- :

- avec la force de l'esprit, j'ai tranché ce nuage ! dit Jack, l'ex-cynique terre à terre.
- tu es fou, c'est le vent ! réplique Parry l'ex-psychotique rêveur

Gilliam signe un superbe film qui développe ainsi de la plus belle façon qui soit l'idée que même si l'on ne peut jamais totalement l'immobiliser entre nos mains, il existe toujours un moyen de retrouver son bonheur, son "Graal".
Un hymne à l'amitié et à l'espoir, servi par des acteurs et des actrices dans un état de grâce.

Laurent.

04 février 2006

La Compagnie des Loups (le cinéma fantastique - suite et fin)



Pour terminer en beauté ce léger topo sur les meilleurs films de loup-garou, je vais maintenant vous parler de La Compagnie des Loups de Neil Jordan.
Adaptation d'une nouvelle d'Angela Carter, ce film se démarque des autres par une approche totalement onirique et psychanalytique du mythe, faisant de ce film le plus ambitieux et original du genre.
Les choses sont mises au clair dès le début: tout ce que l'on voit à l'écran est le rêve d'une jeune fille, en proie aux remous de cette étape charnière dans une vie qu'est l'adolescence. Pour fuir les brimades de ses parents et de sa grande soeur, Rosaleen s'enferme dans sa chambre et s'évade par la lecture de contes de fée. Cette fois elle s'est endormie profondément et rêve qu'elle habite un petit village encerclé par la dangereuse forêt... Le loup en a fait son royaume, et Rosaleen est mise en garde par sa grand-mère qui lui conte souvent des histoires terrifiantes à ce sujet: même de jour, si la jeune fille s'y aventure pour cueillir des baies ou des fraises sauvages, elle ne doit jamais quitter le sentier, et fuir comme la peste toute personne dont les sourcils se rejoignent ! (Emmanuel Chain, si tu me lis, je n'y suis pour rien). Dans le cas contraire, elle court le risque de disparaitre comme sa pauvre soeur...





Sans flirter avec la confusion, l'oeuvre respecte ainsi les caractéristiques du rêve, notamment son absence de structure linéaire et temporelle: il n'y a pas une histoire, mais plusieurs petites histoires qui se rejoignent, articulées autour du thème de la malédiction lycanthropique; quant au cadre temporel, il évoque un passé plutot lointain de notre époque, sans pour autant offrir la possibilité de le déterminer (Moyen Age ? XVIIIè siècle ? Mélange des deux, comme dans beaucoup de rêves ?). Et le film, sorte d'hommage à l'univers de Perrault ou de Grim, fascine d'abord par sa photographie et ses décors somptueux, sa forêt à la fois féérique et effrayante, avec un aspect volontairement "théâtral" qui récrée la poésie visuelle du cinéma à ses balbutiements (on songe parfois à Méliès). Difficile devant ces images de ne pas se rappeler de son enfance, de ses fascinations et peurs de gosse...
Surtout, et c'est là toute l'originalité de cette oeuvre entre merveilleux et épouvante, Neil Jordan s'intéresse à la dimension fantasmatique, érotique, du rêve de la jeune Rosaleen...et même de ces histoires célèbres telles que Le Petit Chaperon Rouge, pourquoi pas ? !





Le film met en effet l'accent sur le fait que "le grand méchant loup" sommeille un peu en chacun(e) de nous, et qu'il est sans doute au coeur de notre pouvoir de séduction, de notre sensualité... Ne personnifie t'il pas notre "animalité" dans la sexualité, notre désir de "croquer" l'autre dont le plaisir est aussi d'être la proie ?... Autant de questions passionnantes que soulève d'une façon brillante La Compagnie des Loups en s'aidant du mythe qui nous intéresse ici.
Dans une interview, Neil Jordan résumait très bien le postulat de son film :
"Ce film s'aventure dans des régions inconnues; il remonte aux origines de l'existence humaine, traite de l'essence de notre être. (...) J'ai cherché à rendre l'érotisme de l'environnement, la sensualité telle que peut la ressentir une adolescente." disait-il.

Une dernière petite anecdote personnelle sur ce film qui regorge de scènes et d'images frappantes :
je n'ai jamais oublié la magnifique "louve-garou" blessée qui apparait brièvement à la fin et dont vous pouvez voir une photo ci-dessous. Comme vous le savez, j'aime écrire, et cette belle lycanthrope que j'ai pu revoir en visionnant le film sur DVD (dont la qualité ne rend que moyennement hommage malheureusement) a été le point de départ de mon inspiration dans l'écriture d'une nouvelle. J'ai commencé cette dernière il y a quelque temps sur un forum, et je la mettrai bientot ici dans sa version intégrale.




******************


Voila, cette critique clôt mon rapide exposé sur le film de loup-garou.
Je m'adresse à toi public (ahahah salut Danny!)..de 3 ou 4 personnes lol... J'espère qu'il n'était pas dénué d'intérêt pour toi, et qu'il stimulera ta curiosité de découvrir au moins un de ces films.
Tu t'en doutais, mon prochain exposé sera logiquement consacré au film...(roulement de tambour)...de vampire !
Stay tuned ;)

29 janvier 2006

La Féline (Le cinéma fantastique - suite)

3 - La Féline



A la lecture du titre, il est facile de deviner que contrairement aux trois autres films présentés dans cet exposé, il n'est pas question de loup-garou dans La Féline, mais d'une femme se transformant...en panthère !
Alors, pourquoi en parler ici ?
D'abord parce que le film est remarquable; ensuite pour la simple et bonne raison qu'il est quand même représentatif de ce courant de films de loup-garou très à la mode dans les années 80: le sujet est en effet voisin de la lycanthropie puisque une fois de plus un être humain se transforme en bête dangereuse et carnassière.



Pour résumer l'histoire, les panthères étaient autrefois des dieux.
Paul (Malcolm McDowell) apprend à sa soeur Irena (Natassja Kinski) qu'ils sont les descendants de cette famille divine.
La jeune femme amoureuse d'un zoologue est alors victime d'un terrible dilemme: si elle perd sa virginité, elle redeviendra une panthère...

La Féline est assurément l'oeuvre la plus émouvante, la plus troublante et sensuelle de cette sélection. Paul Schrader qui réalise ici un remake du film de Jacques Tourneur, en y ajoutant quelques éléments, surpasse l'original de 1942.
Ce qui intéresse Schrader, c'est moins la dimension fantastique de l'histoire, que la puissance d'un amour impossible, la force du désir physique auquel les amants sont voués à succomber. L'amour nait dans l'esprit puis se propage dans le corps tout en niant le danger, et par une jolie métaphore le film évoque les liens que cette drole de "maladie" entretient avec la mort: Irena doit tuer pour redevenir une femme, mais elle s'y refusera, et restera à jamais une panthère, signant irrémédiablement la fin de l'histoire de deux êtres. Tel un amour qui se consume par lui même.



Plus qu'un film fantastique, La Féline est un drole de poème, triste et profondément romantique, parcouru d'images superbes.
Et Schrader qui connait la sensualité, le charme "félin" des femmes, leur rend aussi un hommage à travers le personnage fragile d'Irena... Plus belle que jamais, Natassja Kinski incarne avec beaucoup de sensibilité une envoûtante féline.

23 janvier 2006

Le Loup-Garou de Londres (Le cinéma fantastique - suite)

2 - Le Loup-Garou de Londres



Un an après Joe Dante, c'est John Landis qui y va de son "werewolf movie".
Fidèle à son goût pour la comédie (on lui doit les célèbres Blues Brothers), Landis tente un ambitieux mélange, entre film d'épouvante-horreur et comédie sentimentale, le tout ponctué de musique rock'n roll très sixties.

Le cocktail ne tient pas toujours ses promesses et le film peine parfois à trouver ses marques. Mais les personnages sont attachants: l'amitié entre David et Jack qui se poursuit après la mort de ce dernier, réserve son lot de surprises et de scènes mémorables.



La grande originalité du film est de ne pas se limiter à décrire le loup-garou comme un méchant monstre mettant tout le monde en danger. La créature est cela certes, mais elle est aussi un homme qui voudrait vivre normalement, une victime dépossédée de sa conscience quand la malédiction, comparée ici à une maladie incurable, se met en marche. Et Landis arrive même à nous émouvoir lorsque Alex fond en larmes en voyant son fiancé, libéré par la mort.
La façon d'aborder le thème est donc différente de celle, plus classique, d'Hurlements.
Les différences par rapport à l'oeuvre de Joe Dante ne s'arrêtent pas là, et s'illustrent notamment dans la scène de transformation.
Cette dernière est l'oeuvre de Rick Baker, immense maquilleur spécialisé dans les créatures à poils, et professeur de Rob Bottin, le responsable des maquillages d'Hurlements, un an plus tôt.
Contrairement à celle d'Hurlements, la scène de transformation se déroule en pleine lumière, avec un bon vieux rock en fond sonore, la rendant peut-être légèrement moins impressionnante que celle du film précité, ce qui n'enlève rien à la qualité remarquable du travail de Baker.
Encore un film à ne pas rater pour qui veut découvrir le genre (dispo en DVD chez Universal).

(ouaf!)

* les photos du film proviennent du site Devildead.

22 janvier 2006

Le cinéma fantastique - première partie

Ceux qui me connaissent le savent: il y a quelques années, le cinéma fantastique était mon genre de prédilection. Ce dernier englobe de nombreux sous-genres tels que la science-fiction, le merveilleux, l'épouvante, etc...
Je crois que tout a commencé lorsque mon père, grand passionné d'art, m'emmena au cinéma. Je découvrais avec des yeux émerveillés Dark Crystal, Le Dragon Du Lac De Feu et autres Guerre Des Etoiles...
J'étais fasciné par ces personnages, ces univers étranges inspirés de légendes.
Cela doit s'expliquer aussi par le fait que j'étais un gosse assez rêveur, et si j'ai beaucoup aimé certains films dits "d'épouvante", ce n'était pas pour le sentiment de peur qu'ils étaient censés provoquer, mais plutot pour la situation insolite, totalement hors du commun, et la manière d'agir des personnages impliqués dans l'histoire.
A ce propos, le film de serial killer ne m'a jamais intéressé, à la différence du film de monstre imaginaire (vampire, loup-garou, etc...) pour lequel mon intérêt se portait autant sur la créature elle même, sa particularité, son origine, ses forces et faiblesses, etc...

Ainsi, pour terminer le week-end, l'envie me prend d'aborder la première partie d'un petit compte-rendu de ces films fantastiques qui m'ont profondément marqués.
Le thème que je choisis pour commencer est celui du loup-garou, créature mi-homme, mi-loup, appelée aussi "lycanthrope".

Cette légende trouverait ses premières origines dans de tristes faits divers remontant au Moyen-Age: durant certaines périodes très dures (guerre, hiver, etc...), des hommes sans abri que la faim avait rendue anthropophages, se cachaient dans les bois jusqu'à la tombée de la nuit et à l'occasion se nourrissaient de quelques victimes égarées : (
Souvent, ces misérables avaient une longue barbe et des vêtements en haillons, jusqu'au jour où quelques paysans crurent voir des individus mi-homme mi bête.
Ainsi serait née la légende du loup-garou.
Plus tard, elle fut légèrement modifiée pour devenir le mythe que nous connaissons, et selon lequel les nuits de pleine lune, un homme se transforme en loup meurtrier que seule une arme à feu chargée de balles en argent massif peut annihiler.

Le film de loup-garou a trouvé son rythme de croisière dans les années 40/60, notamment grâce à la célèbre maison de production britannique Hammer, pour tomber finalement en désuétude par la suite.
Puis en 1980, Joe Dante, petit génie tout droit sorti de l'écurie Corman (fameuse fabrique de séries B astucieuses et bricolées à toute vitesse), décide de remettre ça. Fasciné par les créatures carnassières mettant la planète en danger (il réalisa d'abord Piranha... puis le fameux Gremlins que tout le monde connait), il signe ainsi Hurlements (The Howling) qui reste un des meilleurs films de loups-garous à ce jour, et ce malgré les effets-spéciaux datés -mais encore efficaces.

Qu'on se le dise, ce n'est pas pour la jouer vieux réac' des eighties, mais le film de loup-garou a connu son apogée dans les années 80.
Je vais donc vous parler brièvement de quatre grands films de cette époque illustrant merveilleusement le mythe (le thème est voisin en ce qui concerne La Féline), mais qui surtout offrent chacun une approche différente et originale:

1980 - Hurlements de Joe Dante
1981 - Le Loup-Garou de Londres de John Landis
1982 - La Féline de Paul Shrader
1984 - La Compagnie des Loups de Neil Jordan


1 - Hurlements



Un vrai film d'épouvante "à l'ancienne", un hommage misant sur l'ambiance et un scénario catastrophe, mais avec aussi, Dante oblige, une bonne dose d'humour noir qui trouve son apothéose dans un final des plus surprenants.
La speakerine fatiguée Dee Walace Stone est à croquer - dit Laurent le loup-garou : ) -, quant au médecin protecteur Patrick MacNee, alias John Steed dans Chapeau Melon et Bottes de Cuir, il offrait à nouveau son flegme inimitable dans une oeuvre qui restera un classique du genre.



Joe Dante sait merveilleusement filmer la forêt au coeur de la nuit, et la musique de Pino Donaggio souligne parfaitement la montée crescendo en tension.
Impossible évidemment de na pas parler du loup-garou majestueux créé par Rob Bottin: il mesure deux mètres cinquante et se tient debout (Rick Baker et John Landis feront un choix différent pour le Loup Garou de Londres). Et c'est bien entendu Robert Picardo, ami et -au même titre que l'inévitable Dick Miller- grand abonné des oeuvres de Joe Dante, qui se transforme sous l'oeil de la caméra, dans une impressionnante séquence devenue culte. Pas d'ordinateur ni d'image de synthèse à l'époque, mais des prothèses mécaniques... S'il est vrai que certains plans accusent le poids des années, force est de constater que ces effets spéciaux là, faits de matière(s), avaient quand même une sacrée gueule !
Une scène d'anthologie: Terry recherche le dossier médical d'Eddie Quist sans savoir qu'elle est observée par le monstre, tandis que passe à la télé le dessin animé des Trois Petits Cochons, tremblant devant le méchant loup de plus en plus menaçant.
Bref, à ne pas rater (existe en DVD chez Studio Canal).



Petite anecdote au sujet de Hurlements: c'est dans ce film que pour la première fois de ma vie je découvrais le smiley (comme ), aujourd'hui monnaie courante sur le web ! Allez savoir pourquoi, Joe Dante et son scénariste John Sayles eurent l'idée originale d'en faire la marque du loup-garou !
Apparait donc furtivement dans quelques scènes l'autocollant du fameux smiley collé sur différentes parties du décor, indiquant que le monstre est passé par là, ou n'est pas loin ! Bref, autant dire qu'après avoir vu ce film, la vue d'un smiley m'inspirait la méfiance pendant quelque temps !

* les photos du film proviennent du site Devildead.

14 janvier 2006

Cinémotion: Angel Heart (Alan Parker - 1987)

Aujourd'hui, je vous présente ma critique d'un des films qui m'ont le plus marqués à ce jour. Pas un chef d'oeuvre d'originalité en ce qui concerne le scénario, mais deux acteurs au sommet de leur art (et de sa carrière pour Rourke), dans un thriller très sombre et magnifiquement maitrisé qui aura vingt ans l'an prochain.



Nous sommes dans le New York des années 50.
Le privé Harry Angel (Mickey Rourke) est contacté par un étrange personnage répondant au nom de "Louis Cyphre" (Robert De Niro). Ce dernier lui offre un pont d'or pour retrouver la trace d'un crooner lié à lui par contrat. L'enquête de Angel va longuement piétiner, entachée par le sang des personnes qui croisent son chemin, toutes victimes d'une mort inexplicable et atroce...



Ambiance et atmosphère sont les maîtres-mots de ce film noir comme la nuit, sorte d'hommage à ce cinéma policier d'antan dont Alan Parker utilise ici toutes les ficelles avec brio.
Epaulé par la prestation "chandlerienne" de Mickey Rourke, magistral en détective revenu de tout, le cinéaste parvient presque à nous faire ressentir la température des lieux, superbement reconstitués: du vieux Brooklyn, glacial et cafardeux à l'étouffante Nouvelle Orléans, berceau américain du jazz et du vaudou, Angel trébuche sur des indices et des évènements périlleux qui ne cessent de brouiller ses cartes. Tiraillé par l'envie d'abandonner, il en est incapable. Inexorablement.
Car sa recherche devient peu à peu recherche de soi, son enquête une quête d'identité...



Angel Heart est une oeuvre superbe et fascinante qui bascule lentement dans le fantastique, servi en outre par des comédiens exceptionnels (dont Charlotte Rampling, et l'étonnante Lisa Bonnet, transfuge de la sitcom The Cosby Show).
Envoûtant.

17 décembre 2005

Hommage au peintre Edward Hopper

Il est le peintre américain qui me touche le plus.
Il y a comme une espèce de mélancolie chaude et apaisante dans ses oeuvres.
Son sens de la composition a profondément influencé de nombreux cinéastes tels que David Lynch ou Wim Wenders.

Je vous présente ici deux de ses toiles, accompagnées des quelques mots qu'elles m'inspirent.

Room In Brooklyn (1932)

Chez Edward Hopper, une vitre scinde souvent le monde en deux.
Deux univers.
L'un se réduit à la superficie d'une chambre, l'autre s'étend à l'infini que l'on devine à travers les murs.

Deux mondes qui ont peut-être en commun cette impression qu'ils donnent d'être à un moment-clé de leur existence, l'un touchant à sa fin tandis que l'autre ne fait que commencer... Mais lequel ?
Celui de dehors, avec ces batisses pourpres qui poussent les unes à la suite des autres comme des champignons et abritent tant d'histoires et de destins ? Ou celui de cette femme qui nous tourne le dos dans sa chambre ?
Est-elle assoupie, en train de lire, ou simplement pensive devant le paysage ?
...Peut-être prépare t'elle une petite révolution qui va changer la face du monde !

Pas évident de deviner la réponse.

Mais à l'image de cette harmonie des couleurs qui se crée, les deux univers se rejoignent finalement pour nous rappeler peut-être la définition du monde:
un éternel recommencement.

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A Woman In The Sun (1961)

La splendeur d'une femme qui regarde son destin.
La beauté du temps qui passe.
L'étreinte de l'attente.
L'amour est passé par là.
Fusionnel.
Mais il fuit comme la vie.
Pourtant, il nous laisse toujours quelque-chose qui ne s'endort que sur notre lit de mort.

Peintre de la complexité humaine.
Peintre de la solitude, poignante et lumineuse.
Son pinceau était guidé par le plus grand fantasme du genre humain.

Edward Hopper, peintre de la vie.

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Laurent.

08 décembre 2005

Pensée un peu simpliste du jour



Ca semble peut-être un peu bête comme ça, pourtant...

Une bonne santé, ne serait-ce que physique, est une chance qui vaut bien plus que tout l'or du monde.
L'avoir, c'est avoir tout. Parce que tout est faisable... Les décisions naissent dans l'esprit, et le corps suit.

Par cette prise de conscience, je veux juste rendre une sorte d'hommage à mon corps, c'est à dire lui accorder un peu de mon attention. Oui car la machine fonctionnant très bien, j'aurais tendance à l'oublier complètement.
De ce fait, je lui inflige parfois des dérouillées sans m'en rendre compte... En plus de ce que la vie lui assène.
Et le jour où la machine se grippera, se détraquera, et qu'un monsieur en blouse blanche me dira peut-être qu'il faut enlever ci, ou raboter ça, à ce moment précis je penserai, je réaliserai... Quelle était ma chance d'autrefois, quand je me sentais comme invincible.

(photo de Diane Mottez - "Pluie sur belle-ile-en-mer")

03 décembre 2005

Cinémotion : Oliver Twist (Roman Polanski - 2005)

Pour moi, un des plus grands cinéastes, c'est Roman Polanski.
Je vous propose ma critique de son tout dernier -et excellent- film, "Oliver Twist".



Après "Le Pianiste", à la surprise générale, Roman Polanski est de retour avec une adaptation du célèbre roman de Charles Dickens.
Mais le film est loin d'être le divertissement exclusivement destiné aux enfants que certaines mauvaises langues prévoyaient avant sa sortie. A l'image du roman, en narrant les aventures malheureuses d'un petit orphelin, le film offre une peinture saisissante d'humanité sur la pauvreté autant financière que morale.
Et Polanski n'a rien perdu de son humour noir en signant cette oeuvre superbe.
Le film n'est pas une simple adaptation appliquée du roman, la patte du réalisateur de "Rosemary's Baby" est bien là. Au delà d'une reconstitution époustouflante des rues bruyantes et suintantes de Londres au 19è siècle, il y a ici des trognes extraordinaires, des personnages d'une noirceur incroyable dont le cinéaste ne nous épargne pas le moindre tic ni la moindre étincelle d'ambiguité.

Bien sûr, deux personnages-clés, deux comédiens, propulsent le film à un niveau de qualité et d'intensité dramatique impressionnant. D'abord, le jeune Barney Clark, qui incarne un Oliver Twist très touchant, petit garçon sans repère dans la tempête du destin, trébuchant sur les êtres qui croisent son chemin et tentent -en vain- de le prendre en main à leur avantage. La malchance funeste poursuit le jeune garçon sans relâche, pourtant jamais elle ne parviendra à le faire tomber. Et l'on voit dans les yeux d'Oliver ce qui le sauve, car à travers son regard innocent et chargé d'incompréhension perce toujours l'espoir, l'envie de s'en sortir.
Oliver Twist est le seul véritable enfant dans cette histoire, ses petits camarades voleurs ressemblant déja beaucoup aux adultes qui les entourent...
Ensuite, Ben Kingsley, qui compose un Fagin proprement hallucinant ! Un vieil homme avare et effrayant, plié en deux par le poids des années et de sa malhonnêteté. Une horrible crapule qui se sert des enfants abandonnés pour commettre des vols et constituer son butin. Pourtant, lui aussi est un personnage émouvant, car c'est une des grandes forces de Polanski d'avoir toujours sû illustrer avec maestria le coté équivoque de l'être humain.
Ainsi, même les desseins les plus cruellement egoistes de Fagin ne nous empêchent pas de percevoir aussi le misérable qui a un coeur, attaché à "ses" enfants presque comme un père... Difficile alors de ne pas ressentir une vive émotion dans cette scène finale lorsque Oliver fond en larmes dans les bras du vieillard attendant son exécution.
Mais l'oeuvre montre bien que les antipodes aussi existent dans ce bas-monde: la méchanceté absolue, au même titre que la bonté pure. Et le jeune Oliver Twist livré à lui même, hésite, vacille au gré de ses rencontres, entre pénombre et lumière, nous rappellant qu'il n'est pas facile de s'y (re)trouver soi-même dans cette jungle d'âmes aux teintes nombreuses et variées.

Visuellement magnifique et terriblement d'actualité, ce nouvel opus de Polanski est à la fois triste, dur, et beau.
Comme la vie.

Laurent