14 février 2010
30 janvier 2010
L'imaginarium de Terry
Vivement Don Quichotte ! C'est la première réaction qui m'est venue après la projection de L'Imaginarium du Docteur Parnassus, dernier film à ce jour de Terry Gilliam.
D'un côté l'oeuvre me conforte dans l'idée que Terry n'a rien perdu de son inspiration visuelle délirante ni de son sens du nonsense, de l'autre j'ai l'impression qu'il s'est un peu empêtré dans les méandres d'un scénario alambiqué.
Il faut dire que l'accouchement du film s'est fait dans la douleur. Avec la disparition brutale, à mi-tournage, de l'acteur principal Heath Ledger, c'est une tragédie qui s'abat et rappelle aussi à quel point la poisse harcèle la carrière de Gilliam. Entre sa brouille avec les producteurs de ses films (Brazil, Les Frères Grimm); les cafouillages de financement et de surcoût pharaonique (Le Baron De Munchausen); le congé-maladie de son Don Quixote de 2000 (Jean Rochefort) précédé de l'engloutissement de son plateau de tournage sous des torrents de boue, l'ex-Monty Python trimballe une sacrée réputation de cinéaste mafré...
Bref, une très grande incertitude sur la survie du Docteur Parnassus s'ensuivit, car comment remanier le scénario en l'absence d'Heath Ledger ? Dans un tel contexte, Gilliam s'en est bien sorti, heureusement aidé par Depp, Farrell et Jude Law qui se succèdent pour reprendre le rôle de Tony. Les trois beaux gosses du Box Office ont quasiment offert leur (courte) prestation par amitié pour Gilliam et pour rendre hommage à leur copain défunt.
L'idée n'est pas absurde, après tout: si passer à travers un miroir magique permet de se retrouver dans un rêve, alors même le visage peut changer selon la facette d'une même personnalité ! La pirouette est astucieuse bien que le remaniement forcé reste perceptible. C'est un peu le paradoxe du film: l'idée séduit mais le traitement est assez improvisé.
En même temps il y a tellement d'énergie, de bonne volonté déployées dans ce film, et chaque comédien(ne), chaque personnage, y est savoureux... Difficile d'en vouloir à Gilliam que l'on sent dans l'urgence, écartelé entre peine et passion, incertitude et détermination. Cet Imaginarium ne fait pas exception à la règle: le pouvoir des rêves reste le thème de prédilection du cinéaste, ou comment mieux comprendre, voire soigner, son réel par l'imaginaire.
Le petit théâtre errant et décrépi du docteur Parnassus est un pied de nez au pragmatisme d'une réalité funeste et matérialiste -incarné par le Diable himself !
Cette roulotte surélevée défie toutes les lois de la physique (et du dieu Castorama); chacune de ses apparitions dans quelques bas-fonds londoniens est un moment de poésie qu'aucun des mondes imaginaires du miroir ne parvient à surpasser.
Le théâtre ambulant et son miroir magique constituent la clé d'un pacte, une lutte acharnée entre le Diable et le Conteur, tous deux en quête d'âmes à rallier à leur cause... Une entreprise extrêmement difficile et incertaine, souvent au bord du précipice, ou carrément dans le décor (au sens propre)... A l'image de l'entreprise humaine vacillante qui, dans la tempête, a donné vie à cet étrange film.
Putains d'années 2000.
L

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30 novembre 2008
Burnt Offerings (Dan Curtis - 1976)

Quand j'étais mome, je dévorais les Mad-Movies, Ecran Fantastique et autres Starfix. Mais parfois ma passion pour le cinéma fantastique se mêlait d'une certaine frustration, n'ayant pu voir quelques oeuvres aussi rares qu'encensées par la critique spécialisée. Pas encore né, ou trop jeune au moment de leur sortie, je ne parvenais jamais à mettre la main sur une VHS pourtant existante de ces films !
Burnt Offerings de Dan Curtis, également connu sous le nom de "Trauma", est un de ceux-là, et ce n'est qu'aujourd'hui, grâce au DVD, que je découvre enfin ce film d'épouvante des Seventies. Mieux vaut tard que jamais !
Trauma s'inscrit dans la lignée des films de maison hantée et démoniaque, au même titre que La Maison Du Diable, Amityville, L'Enfant Du Diable, Poltergeist, etc...
Réalisé par un homme de télévision, le film réunit un casting de haute volée: Oliver Reed, Karen Black, Bette Davis, Burgess Meredith. Une belle brochette de comédiens fort expérimentés, dont Curtis ne saura tirer toute la quintessence, mais je reviendrai sur ce dernier point.
Adaptation d'un roman célèbre outre-Atlantique, la principale qualité de Trauma est l'histoire et ses personnages, à commencer par l'immense demeure. Cette dernière présente l'originalité de se régénérer en se nourrissant de l'énergie mentale et physique de ses occupants ! Inutile de dire qu'il règne en ces lieux une ambiance inquiétante, intensifiée par la sobriété des évènements faussement anodins.
Qui est cette mystérieuse vieille dame enfermée dans sa chambre, et pourquoi devient-elle l'unique préoccupation de Marian ?
Ici la peur s'installe plus de jour que de nuit, et la subtile bande-son annonce le mal qui se dissimule partout...
Certaines scènes (la piscine, le rêve en noir et blanc de Ben, l'agonie de la vieille tante) font vraiment froid dans le dos et sont relativement bien filmées, mais l'ensemble pêche malheureusement par un manque de rigueur dans le déroulement, et surtout le rythme. Ainsi les évènements s'enchainent avec un manque d'homogénéité, de fluidité, et le film accuse un grand coup de fatigue à mi-parcours.
Si Dan Curtis est un habile faiseur d'images, il semble en effet moins à l'aise avec la cohésion de son script et la direction de ses comédiens. Certaines scènes sont un peu longuettes au détriment d'autres plus importantes mais courtes, survenant ainsi de façon un peu abrupte. Par exemple, la scène de la tentative d'infanticide arrive brusquement sans que le spectateur comprenne bien pourquoi, et tout ce petit monde à l'écran, bien conscient que quelque chose cloche se remet plutôt vite de ses émotions.
Ensuite, Curtis délaisse un peu trop Bette Davis dont la déchéance physique et mentale de son personnage est à peine survolée, pour se focaliser en plan(s) généreux sur un Oliver Reed qu'il laisse un soupçon cabotiner par moment -ses grimaces sont un peu trop appuyées. Même les apparitions plus ou moins fantasmées du croque-mort n'apportent finalement pas grand chose.
Plongés au coeur de l'étrangeté, les personnages perdent ainsi en crédibilité en passant d'un état psychologique à un autre plus rationnel et inversement, sans véritable étape intermédiaire -c'est pourtant dans ce cheminement que se trouve la vraie psychologie. Vers la fin par exemple, après les obsèques de la tante, la femme de Ben met la table, habillée telle une Vampirella, mais sa "possession" par la demeure, ne l'empêchera pas de retrouver ses esprits peu après, bien décidée à quitter les lieux avec sa petite famille !
A l'image de cette légère confusion dans la narration, le terrible final est un peu précipité, mais a malgré tout le mérite de surprendre le spectateur, à un cheveu d'imaginer la possibilité d'une issue positive...
En conclusion, c'est du cinéma globalement efficace mais un tantinet fébrile, la faute à un montage en "montagnes-russes", entre mollesse et fulgurances, qui n'exploite pas toutes les idées qu'il ambitionne.
Si les épaules de Dan Curtis étaient donc un peu frêles pour supporter le poids d'un tel projet, ses maladresses n'enlèvent rien à la présence d'un mystère effrayant parcourant le film de bout en bout...
A mon sens, Trauma n'est donc pas le chef-d'oeuvre annoncé par certains, mais reste un bon film d'épouvante au dessus de la moyenne.
Enfin, je dis ça, mais c'est peut-être moi -et non le film- qui ai pris un coup de vieux ! ^^
L
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14 novembre 2008
07 septembre 2008
Cinémotion: Sweeney Todd (Tim Burton - 2007)

Le petit dernier de Tim Burton vient de sortir en DVD, l'occasion pour moi de livrer mon avis sur le film et, subsidiairement, son réalisateur souvent adulé.
Après de très agréables Noces Funèbres, "Sweeney Todd" me conforte dans l'idée que Tim Burton se bonifie en vieillissant.
En lisant ce premier constat personnel, peut-être avez-vous deviné que je ne fais pas partie des inconditionnels du cinéaste.
Certes je reconnais en lui un artiste de talent, mais je n'adhère que moyennement à ses choix esthétiques, son univers m'apparaissant plus chancelant que décalé... Entre divertissement familial gentiment naïf et film d'auteur plutôt sombre, je trouve la cohésion assez fragile et le résultat final paradoxalement convenu...
A ce jour, le film de Burton que je préfère reste encore son hommage rendu au Septième Art à travers le portrait drolatique du "plus mauvais cinéaste de l'histoire du cinéma", j'ai nommé ED WOOD (Edward Davis Wood Junior de son vrai nom, incarné par un Johnny Depp au sommet de sa forme, comme d'habitude).
A vous lecteurs pro-Burton, je peux comprendre votre révolte devant mes propos ! Aussi, je vous prie de ne pas trop m'en vouloir pour les quelques lignes qui suivent, car j'étayerais encore mon avis quelque peu défavorable en égratignant le cas Sleepy Hollow :
Comme souvent chez Burton, la direction artistique est remarquablement classieuse. Eclairages, images, décors fastueux... Tout est parfaitement maîtrisé. Mais alors pourquoi la noirceur mise en avant y semble si aseptisée, si artificielle dans sa perfection ? Pourquoi costumes et coiffures, pourtant luxueux, paraissent à peine sortis de l'atelier du costumier-perruquier ?
Quant à Tim Burton le conteur visionnaire, on le sait amoureux du folklore et des histoires Halloweenesques. Très bien, seulement voila: ne laisse t'il pas trop exploser sa puérilité en demandant au chef-décorateur de planter des épouvantails à tête de citrouille un peu partout autour du village maudit ? Le trait est gros, quand même.
A moins qu'il s'agisse de parodie ou d'autodérision, est-il nécessaire de matraquer ainsi par l'image ses émotions et références, quitte à prémacher celles du spectateur ?
A mon sens, les trop généreuses intentions de Burton finissent par conférer à la bourgade de Sleepy Hollow des allures de décor pour train-fantôme de fête forraine !
Cependant, mon évocation de Sleepy Hollow n'est pas innocente, car son ambiance visuelle se retrouve presque à l'identique dans le film qui m'intéresse ici. "Presque" parce que tout fonctionne mieux dans Sweeney Todd, par ailleurs très différent de son aîné, à commencer par le traitement surprenant.

D'une vieille histoire de barbier sanguinaire qui aurait, parait-il, existé, Tim Burton choisit d'en faire une comédie musicale gore.
Un parti pris sans doute respectueux du long passé théâtral de cette légende très populaire chez nos amis anglo-saxons. Assumant ainsi ses origines sur les planches, le spectacle en reprend de nombreux codes, et crédibilise le cosmétisme Burtonien qui, à l'inverse, plombait Sleepy Hollow.
Ici les tics "clip" du réalisateur n'apparaissent que très subrepticement: une mèche peut-être trop blanche, trop joliment symbolique sur la tête tu ténébreux barbier; une caméra qui serpente trop vite à travers les rues poisseuses de ce vieux Londres envoûtant où l'on aurait aimé fureter plus...
Bref, quelques petits détails très superficiels qui relèvent surtout de l'appréciation personnelle et ne sont pas sujets au reproche tant le film surprend par sa grande qualité globale.

Le spectateur amateur d'ambiances lugubres est immédiatement happé par la virtuosité expressionniste déployée à l'écran: visages blafards sculptés à l'éclairage, jeux d'ombres et clairs obscurs, grain charbonneux dans chaque image...
Visuellement parlant, Sweeney Todd est sans doute le film le plus ambitieux de Tim Burton. Le plus "noir et blanc" de ses films en couleurs.
Devant un tel univers, difficile de ne pas craindre un déchainement... La tempête a bien lieu, et de quelle manière !
Cette fois, Burton n'a pas le cul entre les chaises de Walt Disney et de Lovecraft, il a tranché (c'est le cas de le dire): ce sera donc le côté le plus obscur et saignant de la Force ! A ce propos, les scènes d'égorgement sont d'un réalisme assez insoutenable et auraient justifiées, je crois, une interdiction aux spectateurs de moins de 16 ans.
Mais cette violence exacerbée n'est nullement gratuite, car nous assistons au film le plus désenchanté, le plus misanthrope, et probablement le plus libre de Tim Burton.

Cette terrible histoire développe une réflexion désabusée sur la nature humaine, sur la vengeance qui n'engendre que vengeance et tragédie, sur le fait que tout coupable fut d'abord un innocent...
Ici plus que jamais, l'homme est un loup pour l'homme, et dévore son prochain. Au sens figuré, comme au sens propre !
Le film évoque ainsi toutes les déviances, même les plus taboues...
Mais surtout, comble du politiquement incorrect, au sommet de cette arborescence tragique repose le plus annobli des sentiments humains. L'amour, le couple.
L'amour qui se kidnappe dans une jungle de rivaux convoiteurs, ne laissant que douleur et haine vindicative derrière lui; l'amour qui pulvérise tout sens moral et repousse les limites de la complicité, jusqu'au crime.
Ne restent en vie que les enfants, les innocents.
Mais innocents pour combien de temps ?
L'un d'eux ne l'est plus; les deux autres forment un jeune couple...

Sorte de diamant noir ruisselant de sang , Sweeny Todd laisse le spectateur un peu groggy.
Ce dernier vient d'assister à un ahurissant geste d'artiste. Un électrochoc tempéré par des chants délicats aux paroles parfois droles et faussement naïves.
Que dire de l'interprétation ? Depp est grand, Helena Bonham Carter est époustouflante.
Malgré la dureté des idées développées, Sweeney Todd reste une oeuvre intrinsèquement romantique, comme en témoigne la toute dernière image riche en symbole... Ce dualisme dresse un certain portrait de l'être humain, du monde qu'il s'est créé.
Par passion.
Par faiblesse.
Laurent.
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04 septembre 2008
Cinémotion : L'Empire Du Soleil (Steven Spielberg - 1987)

Le 7 Décembre 1941, l'attaque de Pearl Harbour met un terme à l'insouciance bourgeoise de la concession internationale basée à Shanghaï.
Fils d'un des riches industriels de la colonie, le jeune James Graham voit sa vie et ses rêves bouleversés lorsque il se retrouve séparé de ses parents.
Emprisonné dans un camp, l'adolescent devra user de toute son imagination pour apprendre à survivre...

En 1987, adaptant le roman éponyme de J.G.Ballard, Steven Spielberg l'enfant terrible d'Hollywood signait sans doute un de ses plus beaux films. Il offrait également à Christian Bale alors âgé d'une douzaine d'années -aujourd'hui Batman pour Christopher Nolan- le destin que nous lui connaissons.
Spielberg oblige, les moyens sont là pour soigner la forme, et à l'image des nombreux décors réels grimés pour l'occasion, la fresque historique jouit d'une reconstitution assez époustouflante.
Mais l'Empire du Soleil est l'antithèse de la luxueuse coquille vide, car le film tire toute sa quintessence du parcours initiatique qu'il narre avec justesse et étude de moeurs en filigrane.
Ici le cinéaste met ses tics lénifiants au vestiaire pour disséquer avec sensibilité les tourments humains, à commencer bien sûr par ceux du jeune héros. Impossible par exemple d'oublier la scène faisant suite aux larmes de la séparation lorsque, débarrassé de la vigilance des parents, l'enfant se plait d'abord à fumer la pipe en parcourant à vélo l'intérieur de la demeure familiale tel un Ubu en culotte courte.
Ce gosse de riches qui, au début, rêve et mime la guerre dans sa chambre avec ses petits avions en plastique est un peu le double de Spielberg, cet autre môme gâté et rêveur candide qui se crée des images grandioses...
Aucun clin d'oeil cinéphile du réalisateur n'est donc gratuit: la traversée effrayante en voiture d'un Shangaï poisseux et dangereusement fébrile rappelant presque le Los Angeles de Blade Runner; ou l'errance du gamin devant l'affiche géante de "Autant En Emporte Le Vent" sur un mur lézardé... Autant de scènes superbes pour mieux montrer à quel point, brusquement, c'est l'illusion d'un monde d'apparences qui s'effrite et vole en éclats.

Point de ficelles manichéennes ou de vision unilatérale dans L'Empire Du Soleil. Bridés ou non, tous les yeux sans exception subissent et pleurent la guerre.
La magie du cinéma est bien là, mais ne se substitue jamais à la gravité du contexte.
Aux beaux travellings et panoramiques Spielbergiens sont confrontées les images éprouvantes de ces êtres que l'on voit progressivement décliner tout au long du film. En haillons, de plus en plus faibles et malades (à l'image de la pimpante madame Victor).

Jusqu'au dénouement, la débrouillardise parfois insolente du petit James Graham n'enlève rien à l'âpreté de son périple, et les principaux moments de réconfort se trouvent concentrés dans les petits trafics d'entraide avec les amis et parents de fortune. Mais sur ce dernier aspect aussi, rien ne nous est épargné quant au négatif de chaque situation, systématiquement affublée d'un bon et d'un mauvais coté. Car c'est avant tout le récit d'une volonté de survie extrêmement difficile qui prédomine, et tout le monde est égal devant la souffrance et l'emprisonnement.
Le cinéaste n'hésite donc pas à montrer que même la peur de la Grande Faucheuse réduit à néant classes sociales et surtout vertu, au point parfois d'inciter chacun à s'emparer de la gamelle de son prochain...

Pourtant le film ne sombre jamais dans le catastrophisme, parce que le gamin porte sur ses frêles épaules fantasques tout le poids de l'espoir et d'un optimisme en lutte constante. Comme lui, on a même envie de croire que l'étrange effet de flash dans le ciel -la bombe H sur Hiroshima- , c'est sans doute Dieu qui prend une photo de madame Victor...
Mais derrière l'apparence d'un "happy-end" hollywoodien, Spielberg a encore l'élégance de ne pas mentir: dans les bras de ses parents retrouvés, l'enfant n'est plus, et la caméra s'attarde sur ses yeux en guise d'épilogue.
Il a le regard d'un vieil homme.
Presque d'un mort.
Laurent.
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19 août 2007
Merci Mozart
Depardieu, Dewaere, Serrault touchés par la grâce du jeu d'acteur s'époumonent sur le Concerto pour Clarinette du grand Wolfgang, pendant que Carole Laure, incarnation du mystère féminin dans toute sa splendeur, leur tricote...une layette sans doute ?! ^^
Enorme!
31 juillet 2007
03 mars 2007
C'était un rendez-vous (Claude Lelouch - 1976)
En 1976, le tournage de "Si c'était à refaire" -titre étrangement évocateur- à peine bouclé, Lelouch se rend compte qu'il lui reste quelques centaines de mètres de pellicule. Sans doute épuisé mentalement, et en même temps libéré de la pression extraordinaire qu'exige la réalisation d'un film, le cinéaste décide de ne pas rendre les bobines vierges et d'en faire usage pour un court-métrage fou.
Aux aurores, il extirpe de son sommeil une actrice, puis son chef-op' qu'il embarque dans une voiture surpuissante. Lelouch laisse alors exploser sa liberté au volant -il reconnaitra plus tard avoir "pété les plombs" ce matin-là.
Le cinéaste, en effet, ne réfléchit plus et fait fi de tout règlement quelque soit le danger, y compris celui de mettre en péril la vie des autres, pour ne suivre que son instinct cristallisé autour de sa caméra -toute sa vie. Cette dernière enregistre donc en vue subjective le plan-séquence de sa folle traversée de la capitale.
Quel est l'objectif de ce chauffard apparemment en retard, tel un pilote de course refusant de s'arrêter tant qu'il n'est parvenu à atteindre son but ?
Bien qu'on ne puisse l'anticiper, il y a évidemment une extrémité où se trouve l'arrêt, et on ne peut que l'attendre au tournant, avec crainte, parce qu'il est de toute façon inévitable et va tout changer: à l'autre bout c'est soit l'échec et la mort, soit la vie, qui attend le conducteur...
Le fait que la séquence se déroule à une heure où se disputent ténèbres et jour, peur et espoir, en renforce d'autant plus la puissance évocatrice. Il y a même quelque-chose de pathétique dans ce hurlement ininterrompu du moteur troublant un Paris étonamment désert.
Claude Lelouch offre ainsi, à mon sens, une parabole romantique de sa vie personnelle qu'il aime plus que tout, parce qu'elle est aussi cette partie de poker vécue à deux cents à l'heure.
S'il est toutefois difficile de ne pas reprocher au cinéaste la folie de son entreprise, somme toute dangereusement égoïste, par le fait qu'elle ait également transformé en partie de poker la vie d'automobilistes, voire de piétons; il est tout aussi difficile de ne pas reconnaitre l'oeuvre d'un artiste impressionnant qui fascine le plus grand nombre, admirateurs et détracteurs compris
-"Admirateurs, détracteurs, mode d'emploi", peut-il y avoir plus Lelouchien comme titre de film ?
L
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03 août 2006
Pirates des Caraïbes 2 : Piratage ! (critique)
Déception !
Les aventures de nos pirates des Caraïbes virent au grand-guignol, voire au grand n'importe quoi.
Après avoir signé un premier épisode pétillant, Gore Verbinsky a finalement succombé aux démons du vilain Hollywood, probablement sous la pression de son gargantuesque producteur Jerry Brukheimer.
Ce nouvel opus est en effet une démonstration de tous les tics et travers agaçants de l'imposante machine américaine sans saveur: rutilante, bruyante, mais -surtout- creuse.
Exit la fraicheur et le panache du premier épisode, bel hommage dépoussiérant au film de pirates.
Tous les personnages initiaux sont bien là, mais ils sont malheureusement écrasés par un scénario fourre-tout, un trop plein de péripéties qui les empêchent d'exister à l'écran. Ainsi Orlando Bloom et Keira Knightley paraissent bien falots, et Johnny Depp cabotine généreusement pour ne pas être emporté par la tempête.
Tout y est, ou presque: le conflit d'intérêts; les pirates zombifiés par les abysses; la tribu de cannibales (..horriblement "toc"); le coffre mystérieux; la pieuvre géante; la pseudo-sorcière vaudou; (...)
Verbinsky s'obstine à caser au forceps tout ce beau monde dans les 2 heures 30 du film. Problème: comment y parvenir sans que la cohérence du scénario en patisse dangereusement ?
Apparemment, le cinéaste ne se pose pas la question.
Priorité absolue au spectaculaire donc.
Alors, un peu au petit bonheur la chance, on flanque tout dans un shaker, on rajoute une louche de cascades, une autre de musique omniprésente (tic purement hollywoodien), puis on secoue bien fort: la digestibilité du coktail dépendra sans doute de ce à quoi s'attendent les spectateurs.
Et là, deux hypothèses.
Le film s'apparentant beaucoup plus à un trip d'attraction forraine (dont il s'inspire à l'origine), ceux qui iront au cinéma comme ils monteraient sur un luxueux (et interminable) manège, ne devraient pas être déçus.
Et d'un point de vue technique, il est vrai que le spectacle tient ses promesses. Le tentaculaire Davy Jones et ses sbires mi-hommes mi-crustacés-coraux ont vraiment de la gueule. Bref, une fois de plus, ILM sort le grand jeu.
Mais finalement l'effet de surprise est quelque peu plombé par tant de prouesses numériques que l'on s'est habitué à voir depuis quelques années dans les blockbusters américains...
Les autres spectateurs séduits par le charme et l'ambiance du premier opus risquent donc de vite perdre pied et de trouver le temps long, tant il manque dans cette suite l'essentiel: une substance.
Laurent
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09 avril 2006
Cinémotion : Rêves (Akira Kurosawa - 1990)
Je sais pas pour vous, mais j'ai toujours un peu de mal avec les bonnes résolutions: je me dis à chaque fois que j'arriverai à les tenir la fois suivante : )
Ah! c'est finalement difficile de s'imposer ce qui, de toute évidence, est "bon" pour soi. Bien plus que ce qui ne l'est pas... Condition humaine, quand tu nous tiens.
Ce week-end par exemple, j'avais prévu de rompre avec le quotidien. M'éloigner du PC. M'oxygéner dans une de nos verdoyantes contrées encore en stock... Mais j'y ai malheureusement trouvé l'orage et la pluie.
Bref, me voila de retour devant l(es) écran(s) pour le jour du seigneur !
Au moins ce PC marche bien, mais avant de l'allumer, je me suis d'abord offert un dépaysement par l'image signé Akira Kurosawa.
J'ai revu les huit rêves d'un petit garçon de 80 ans, l'âge qu'avait en 1989 cet immense cinéaste japonais lorsqu'il les immortalisa sur pellicule... La coincidence voulut qu'il nous quitta huit ans plus tard.

Soleil Sous La Pluie - Le Verger Aux Pêchers - La Tempête De Neige - Le Tunnel - Les Corbeaux - Le Mont Fuji En Rouge - Les Démons Gémissants - Le Village Des Moulins A Eau.
Autant de rêves contés avec une limpidité qui n'a d'égale que la beauté des images dont la composition rappelle celle des estampes japonaises.
Soutenu depuis Kagemusha par les deux imposants admirateurs que sont Spielberg et Lucas, Kurosawa exploite les dernières avancées technologiques de l'époque en matière d'effets-spéciaux pour filmer par exemple son double en train de courir dans les paysages à l'huile de Vincent Van Gogh.
La peinture ayant été un des premiers amours du cinéaste japonais -il la pratiqua jusqu'à sa mort- , Les Corbeaux est un hommage passionné au célèbre peintre hollandais, interprété ici par...Martin Scorcese! Autre poids-lourd du cinéma de qualité et lui aussi grand fan de son homologue nippon.

La structure du film est ainsi celle du film à sketches, un genre qui semble t'il n'a pas été toujours bien compris par la critique. Rêves ne fit pas exception à la règle, et lors de sa sortie, une grande partie de la presse qualifia le film de "mineur", voire "décevant" dans l'oeuvre de Kurosawa.
On lui reprocha notamment la naiveté des images et du message, au même titre qu'une certaine lenteur dans le rythme, l'absence du souffle épique qui caractérisait ses films de samouraïs...
D'un certain point de vue, c'est vrai.
Mais pourquoi ne pas considérer Rêves avec plus de simplicité et moins de références, c'est à dire sans perdre de vue la démarche du maître: il nous raconte visuellement ses rêves, ni plus ni moins, nous offrant un précieux témoignage intime.
De façon très naturelle, le film nous en apprend ainsi beaucoup sur la personnalité profonde du cinéaste.

Dans Soleil Sous La Pluie, un enfant -que l'on devine être le petit Akira- transgresse un interdit: il se cache pour voir les renards se marier dans la forêt.
L'exil forcé sera sa punition.
C'est bien connu, l'interdit fascine et finit par l'emporter. Mais surtout, le cinéaste est un homme qui vit pour l'image, et par analogie, en voyant ce premier rêve, difficile de ne pas penser à l'enfance de Kurosawa dont le destin bascula dans une salle de cinéma, malgré l'interdiction de son père professeur à l'école militaire de l'armée...
Le réalisateur s'exprime d'ailleurs sur la tristesse et l'absurdité de la guerre dans Le Tunnel.
Un officier revenu du champs de bataille, croit voir -au propre, comme au figuré- le bout du tunnel, la fin de l'horreur... Mais les fantomes des disparus qui étaient sous ses ordres le rattrapent. Ils incarnent la torture du sentiment de culpabilité que ressent un homme convaincu qu'il est responsable de leur mort.
"Héros, vous avez eu une mort de chien!" leur dit-il en pleurant avant de les supplier de repartir, nous rappelant que la guerre détruit aussi ceux qui lui survivent.
En dehors des rêves brièvement évoqués et La Tempête de Neige qui fête la volonté de survie de trois montagnards, les autres rêves ont pour fil conducteur le problème de l'anéantissement de l'environnement par l'homme.
Dans Le Verger aux Pêchers, face aux âmes des arbres fruitiers abattus, le petit Akira se défend de pleurer parce qu'il ne peut plus se délecter de leurs pêches: c'est le spectacle des arbres en fleurs qui lui manque, car "s'il est facile d'acheter des fruits, où peut-on acheter tout un verger fleuri ?"
Après le défilé nuptial des renards, le ballet des pêchers. Chorégraphies typiquement japonaises dont le lyrisme célèbre la beauté de la nature.
Et d'une manière générale, Kurosawa est admiratif devant les fleurs et l'harmonie des couleurs qu'elles offrent -ses routes et chemins rêvés en sont le plus souvent bordés.

Mais si le spectacle dans le deuxième rêve se terminait sur une note d'espoir, les angoisses de Kurosawa sur la pollution prennent le dessus et explosent à l'écran dans les cauchemars Le Mont Fuji En Rouge et Les Démons Gémissants.
A la suite de l'explosion d'une centrale nucléaire, le mont Fuji s'écroule, et tout l'archipel sombre dans le néant. Le réalisateur, à présent incarné par un adulte, sorte de touriste candide découvrant le monde de ses rêves, lutte en agitant désespérément sa veste pour repousser les horribles nuages radioactifs technicolorisés.
La peur de la bombe atomique et les ravages du nucléaire reprennent de plus belle dans Les Démons Gémissants, vision de l'enfer dans lequel les hommes, devenus de misérables démons cornés à cause de leurs excès destructeurs, sont condamnés à errer et à se dévorer entre eux...

Pour rompre radicalement avec le pessimisme des rêves précédents, le film se termine avec légèreté sur un beau songe utopique: et si l'homme réapprenait à vivre en totale harmonie avec la nature ?
Dans Le Village Des Moulins A Eau, les habitants vivent au milieu de la forêt avec l'énergie hydraulique et meurent centenaires. Même la mort naturelle y est célébrée comme une fête, voire une leçon de vie, car elle n'est pas considérée comme une fin injuste, mais comme la renaissance d'un cycle.
Peut-être que les hommes seraient plus aptes à accepter l'épilogue de leur existence s'ils ne le précipitaient pas avec les maladies qu'ils se sont eux même créees ?...

Le cinéma est art de l'illusion, art de la suggestion, art d'une symbiose avec d'autres formes de création artistique (musique, peinture, etc...) et Rêves est un de ces rares films qui illustrent si brillamment cette définition.
Le film-poème d'un grand monsieur qui en nous racontant ses rêves soulevait des questions, des inquiétudes universelles et terriblement d'actualité.
Le grand rêve d'Akira l'humaniste était de ne pas quitter ce monde sans avoir un peu d'espoir: l'espoir que les hommes apprendraient à mieux se respecter, et réaliseraient à temps l'urgence de protéger les beautés et les richesses de leur planète.
Si tu nous vois de la-haut Akira, j'espère que tu n'es pas trop déçu... : (
Laurent.
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02 avril 2006
Cinémotion: Aguirre, La Colère de Dieu (Werner Herzog - 1972)
En 1972, le réalisateur allemand Werner Herzog, fasciné par les personnages souffrant de folie des grandeurs, rappelle son acteur fétiche -et ami-ennemi intime- Klaus Kinski pour aller tourner au fin-fond de la forêt péruvienne.
Le célèbre comédien incarne bien entendu Aguirre, le personnage principal de cette odyssée métaphysique.
Aguirre est un des hommes d'une expédition de conquistadores espagnols au XVI ème siècle, à la recherche d'un trésor de légende en Amerique du Sud: l'Eldorado -recherche qui causa la mort de millions d'amérindiens, esclaves, et décimés par les épidémies venues d'Europe- .
Victime du fleuve, un groupe d'hommes mené par Pedro de Ursua et de son bras droit Aguirre, se retrouve coupé des autres. Aidé par un complice, Aguirre se rebelle contre son supérieur qu'il neutralise, puis force les autres hommes à accepter de le suivre dans une quête impossible, aux confins de la jungle et de la folie destructrice...
Une image concentre toute la force du film et résume son propos, celle de l'épilogue: Aguirre se retrouve seul sur le radeau en train de sombrer.
Lui qui se prenait pour Dieu, avait promis richesse et empire à ses hommes, à sa fille, les voila tous morts, victimes de maladie, d'attaques invisibles, et d'épuisement. Son radeau est à présent envahi par les singes, et bien qu'il soit condamné, il continue, seul, à vivre dans son fantasme de l'Eldorado.
Werner Herzog ne pouvait pas trouver meilleur acteur que Klaus Kinski.
Pour la petite anecdote: les figurants péruviens, croyant vraiment à la folie brutale de Kinski, avaient proposé à Herzog de liquider l'acteur à la fin du tournage !
Cette oeuvre épique qui raconte la folie des hommes pour l'or, c'est à dire la richesse, le pouvoir, montre à quel point ceux qui en souffrent, au même titre que leur ambition démesurée, sont si dérisoires, si ridicules, face aux éléments, les forces de la nature -la colère de Dieu- qu'ils croient maitriser et veulent exploiter...
Si l'homme gagnait en sagesse, perdait en désir de profit, alors il respecterait mieux son environnement, autant humain que naturel, et par voie de conséquence il serait plus en mesure de survivre à la colère de ce qui le dépasse.
Un très grand film.
Laurent.
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Cinémotion: The Fisher King (Terry Gilliam - 1991)
- J'ai soif,
dit le roi mourant au bouffon.
Le bouffon ramasse une coupe au pied du lit, la remplit d'eau et la tend au roi.
La douleur du roi disparait soudain et il réalise que c'est le Graal qu'il tient entre ses mains.
- Comment as-tu pu me trouver ce que toute ma vie j'ai cherché sans succès ?
C'est l'histoire d'une rencontre salutaire, d'une amitié improbable et extraordinaire entre deux grands blessés de la vie.
L'un est une ex-vedette de radio, l'autre un ancien professeur d'université.
Au début, Jack est une voix sûre et corrosive, une star de la FM qui chaque jour entend les soucis et les chagrins de ses auditeurs. Il en a fait son beurre et se fout éperdument de ce que ses clients lui racontent, n'hésitant pas à les envoyer paitre en ricanant. Mais ça fait partie du show, l'audience est bien là et en redemande.
A tel point que Jack se voit un jour courtisé par la télé, cette dernière lui offrant l'opportunité de jouer son propre rôle de méchant sorcier des ondes dans une sitcom.
Perché au sommet d'une tour de verre, le luxe froid et ultra aseptisé de son appartement est à l'image de l'homme, plein de certitudes. Un monstre de narcissisme et d'égoisme, la star qui maudit ses joues, se fait des masques de boue en se prélassant dans l'eau savonneuse de son jacuzzi.
Le voila en train de danser en peignoir devant sa télé.
C'est à ce moment précis que les informations du soir annoncent une tragédie terrible, ce moment où le destin de Jack va complètement basculer: un de ses fidèles auditeurs a interprété au pied de la lettre quelques paroles de l'animateur et a ouvert le feu dans un bar à la mode.
Bilan: sept morts.
En apprenant la nouvelle, le visage de Jack se métamorphose.
En quelques secondes, le Jack roi de la FM cesse d'exister.
L'homme si sûr de lui devient tout à coup un petit enfant horrifié, dépossédé de tout et d'une fragilité extrême...
Trois ans se sont écoulés, et aujourd'hui Jack est une loque, un alcoolique dépressif qui ne sait plus aimer et travaille plus ou moins dans un vidéoclub miteux dirigé par sa compagne, une femme très amoureuse et désespérée de ne pouvoir le guérir de sa hantise. Rongé par la culpabilité après la tragédie survenue trois ans plus tôt, il songe même au suicide.
Mais il sera sauvé in extremis par Parry, un drole de clochard convaincu que Dieu l'a chargé de retrouver le Saint Graal quelque-part en plein New York, et voyant en Jack un envoyé du ciel qui va l'aider à accomplir avec succès sa quête.
Parry est en fait un ancien professeur de littérature ayant perdu la raison après avoir vu sa fiancée mourir violemment devant lui dans le bar, le soir du grand drame. Lorsque Jack l'apprend, il se sent redevable d'une dette envers son nouvel ami, et va le suivre malgré lui.
Tous deux vont ainsi s'entraider pour trouver leur Graal qui est loin d'être la coupe dérisoire prenant la poussière à l'intérieur d'une grande demeure sur la 5eme Avenue.
Le Graal de Parry est en réalité une jeune femme maladroite et timide qui ne se sent pas assez jolie pour être aimée, et qu'il passe ses journées à observer discrètement dans la rue.
La Graal de Jack est de perdre enfin son sentiment de culpabilité, de payer sa dette, et pour cela il doit aider son ami à exaucer son voeu le plus cher...
A travers ses films, Terry Gilliam n'a cessé de nous dire que la réalité ressemble souvent à la fiction, que l'imaginaire et tout ce qui le stimule a un pouvoir salvateur.
En proie à des hallucinations, Parry se voit poursuivi par un terrible chevalier rouge qui personifie la réalité de son passé comme réduit et stoppé à ces quelques minutes trois années en arrière, ce moment durant lequel son destin a subi le cataclysme dont Jack est aussi la victime. Mais ce monde imaginaire dans lequel il vit lui donne aussi un but, le sauve, et va aider indirectement les deux hommes dans leur quête personnelle.
Gilliam filme ces droles de personnages en marge de la société avec une tendresse et un humanisme incroyables, nous montre à quel point le vrai bonheur tient à peu de choses. Mais il nous montre surtout que la vie n'est jamais une rivière tranquille, que rien n'est acquis. Parce que le destin est constamment un fil d'argile maléable et d'une fragilité extrême, tout peut basculer à nouveau, brutalement et extrêmement vite.
Ainsi, lorsque tout semble résolu, lorsque Jack est parvenu à provoquer le rendez-vous galant pour son ami qui séduit enfin la femme de ses rêves -séquence magique- , Parry est à nouveau la proie du terrible souvenir -le chevalier rouge!- et fait une très grave rechute, se retrouvant à l'hopital psychiatrique dans le coma. Ce violent retournement de situation survient au moment où le spectateur pouvait croire que le film se terminait là, de façon positive pour tout le monde, telle une belle histoire qui commence mal et se finit bien.
Ce n'est pas le cas. Pas encore.
Une nouvelle tempête balaye tout, les couples se défont dans la douleur et Jack rechute sévèrement lui aussi: il redevient finalement le Jack d'avant, de retour sur les ondes, ignorant ses anciens compagnons de rue. Et Gilliam souligne le fait qu'être roi est aussi un état d'esprit dont on ne peut se défaire que très difficilement, un roi reste un roi.
Mais Jack n'est quand même plus le même. Il est un roi souffrant, incapable d'oublier son drole d'ami qui l'a sauvé de la mort...un peu comme dans l'histoire originale du Roi Pecheur, lorsque le bouffon tend le Graal au roi, et le sauve.
Même s'il n'est pas directement responsable de l'état actuel de Parry, la culpabilité est revenue et continue à le hanter, lui donnant le sentiment que "même lorsque la vie lui sourit, il a l'impression que c'est pour mieux lui faire la gueule". Jack ne rêve maintenant que d'une chose: voir son ami sortir du coma pour se sentir enfin libre.
Alors il va tenter l'option de la dernière chance, prendre enfin son courage -son Graal- à deux mains dans une des séquences les plus droles du film. Et parce que la vie est aussi faite de ces particules de miracles et de bonheur, c'est par une pirouette sublime que le film fait alors éclore une fleur d'espoir, nous rappelant que si rien n'est jamais acquis, rien n'est jamais perdu non plus, tout peut arriver:
cette fois, c'est le roi qui va apporter le Graal au bouffon et le sauver...
De retour parmi les vivants, Parry transforme l'asile et ses internés... en chorale chantant "I like New York In June" ! Le spectateur se souvient alors de cette jolie scène, juste avant la chute, lorsque Parry est en compagnie de sa dulcinée, et attrape discrètement sur un tas d'ordures l'armature en fil de fer d'un bouchon de champagne. Elle lui parle de ce que l'on jette -un peu comme les internés et toutes celles et ceux que la société considère comme ses rebuts-. Elle même qui se croyait inutile et pas suffisamment belle pour trouver l'amour, semble métamorphosée par cette rencontre, son visage, sa beauté se sont illuminés tout a coup. Parry lui dévoile alors la paume de sa main sur laquelle est posée la petite armature transformée en minuscule chaise, et lui dit qu'"il y a souvent des choses magnifiques dans ce que l'on jette".
Et voila l'histoire de Jack et Parry, ces deux infirmes de l'existence qui eux aussi donnaient l'impression d'être finis, presque "bons à jeter". Une terrible tragédie les a réunis, et a remis en marche le coeur d'un roi qui en semblait dépourvu. Sa rencontre avec Parry l'a rendu humain. Quant à ce dernier, il n'aurait jamais vaincu le chevalier rouge sans cette rencontre.
Evolution heureuse et réciproque qui jaillit de cet ultime dialogue, tandis que nos deux héros dans le plus simple appareil, ont les yeux tournés vers le ciel, en pleine séance de "brise-nuages" -moment drolatique!- :
- avec la force de l'esprit, j'ai tranché ce nuage ! dit Jack, l'ex-cynique terre à terre.
- tu es fou, c'est le vent ! réplique Parry l'ex-psychotique rêveur
Gilliam signe un superbe film qui développe ainsi de la plus belle façon qui soit l'idée que même si l'on ne peut jamais totalement l'immobiliser entre nos mains, il existe toujours un moyen de retrouver son bonheur, son "Graal".
Un hymne à l'amitié et à l'espoir, servi par des acteurs et des actrices dans un état de grâce.
Laurent.
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04 février 2006
La Compagnie des Loups (le cinéma fantastique - suite et fin)

Pour terminer en beauté ce léger topo sur les meilleurs films de loup-garou, je vais maintenant vous parler de La Compagnie des Loups de Neil Jordan.
Adaptation d'une nouvelle d'Angela Carter, ce film se démarque des autres par une approche totalement onirique et psychanalytique du mythe, faisant de ce film le plus ambitieux et original du genre.
Les choses sont mises au clair dès le début: tout ce que l'on voit à l'écran est le rêve d'une jeune fille, en proie aux remous de cette étape charnière dans une vie qu'est l'adolescence. Pour fuir les brimades de ses parents et de sa grande soeur, Rosaleen s'enferme dans sa chambre et s'évade par la lecture de contes de fée. Cette fois elle s'est endormie profondément et rêve qu'elle habite un petit village encerclé par la dangereuse forêt... Le loup en a fait son royaume, et Rosaleen est mise en garde par sa grand-mère qui lui conte souvent des histoires terrifiantes à ce sujet: même de jour, si la jeune fille s'y aventure pour cueillir des baies ou des fraises sauvages, elle ne doit jamais quitter le sentier, et fuir comme la peste toute personne dont les sourcils se rejoignent ! (Emmanuel Chain, si tu me lis, je n'y suis pour rien). Dans le cas contraire, elle court le risque de disparaitre comme sa pauvre soeur...


Sans flirter avec la confusion, l'oeuvre respecte ainsi les caractéristiques du rêve, notamment son absence de structure linéaire et temporelle: il n'y a pas une histoire, mais plusieurs petites histoires qui se rejoignent, articulées autour du thème de la malédiction lycanthropique; quant au cadre temporel, il évoque un passé plutot lointain de notre époque, sans pour autant offrir la possibilité de le déterminer (Moyen Age ? XVIIIè siècle ? Mélange des deux, comme dans beaucoup de rêves ?). Et le film, sorte d'hommage à l'univers de Perrault ou de Grim, fascine d'abord par sa photographie et ses décors somptueux, sa forêt à la fois féérique et effrayante, avec un aspect volontairement "théâtral" qui récrée la poésie visuelle du cinéma à ses balbutiements (on songe parfois à Méliès). Difficile devant ces images de ne pas se rappeler de son enfance, de ses fascinations et peurs de gosse...
Surtout, et c'est là toute l'originalité de cette oeuvre entre merveilleux et épouvante, Neil Jordan s'intéresse à la dimension fantasmatique, érotique, du rêve de la jeune Rosaleen...et même de ces histoires célèbres telles que Le Petit Chaperon Rouge, pourquoi pas ? !


Le film met en effet l'accent sur le fait que "le grand méchant loup" sommeille un peu en chacun(e) de nous, et qu'il est sans doute au coeur de notre pouvoir de séduction, de notre sensualité... Ne personnifie t'il pas notre "animalité" dans la sexualité, notre désir de "croquer" l'autre dont le plaisir est aussi d'être la proie ?... Autant de questions passionnantes que soulève d'une façon brillante La Compagnie des Loups en s'aidant du mythe qui nous intéresse ici.
Dans une interview, Neil Jordan résumait très bien le postulat de son film :
"Ce film s'aventure dans des régions inconnues; il remonte aux origines de l'existence humaine, traite de l'essence de notre être. (...) J'ai cherché à rendre l'érotisme de l'environnement, la sensualité telle que peut la ressentir une adolescente." disait-il.
Une dernière petite anecdote personnelle sur ce film qui regorge de scènes et d'images frappantes :
je n'ai jamais oublié la magnifique "louve-garou" blessée qui apparait brièvement à la fin et dont vous pouvez voir une photo ci-dessous. Comme vous le savez, j'aime écrire, et cette belle lycanthrope que j'ai pu revoir en visionnant le film sur DVD (dont la qualité ne rend que moyennement hommage malheureusement) a été le point de départ de mon inspiration dans l'écriture d'une nouvelle. J'ai commencé cette dernière il y a quelque temps sur un forum, et je la mettrai bientot ici dans sa version intégrale.

******************
Voila, cette critique clôt mon rapide exposé sur le film de loup-garou.
Je m'adresse à toi public (ahahah salut Danny!)..de 3 ou 4 personnes lol... J'espère qu'il n'était pas dénué d'intérêt pour toi, et qu'il stimulera ta curiosité de découvrir au moins un de ces films.
Tu t'en doutais, mon prochain exposé sera logiquement consacré au film...(roulement de tambour)...de vampire !
Stay tuned ;)
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29 janvier 2006
La Féline (Le cinéma fantastique - suite)

A la lecture du titre, il est facile de deviner que contrairement aux trois autres films présentés dans cet exposé, il n'est pas question de loup-garou dans La Féline, mais d'une femme se transformant...en panthère !
Alors, pourquoi en parler ici ?
D'abord parce que le film est remarquable; ensuite pour la simple et bonne raison qu'il est quand même représentatif de ce courant de films de loup-garou très à la mode dans les années 80: le sujet est en effet voisin de la lycanthropie puisque une fois de plus un être humain se transforme en bête dangereuse et carnassière.

Pour résumer l'histoire, les panthères étaient autrefois des dieux.
Paul (Malcolm McDowell) apprend à sa soeur Irena (Natassja Kinski) qu'ils sont les descendants de cette famille divine.
La jeune femme amoureuse d'un zoologue est alors victime d'un terrible dilemme: si elle perd sa virginité, elle redeviendra une panthère...
La Féline est assurément l'oeuvre la plus émouvante, la plus troublante et sensuelle de cette sélection. Paul Schrader qui réalise ici un remake du film de Jacques Tourneur, en y ajoutant quelques éléments, surpasse l'original de 1942.
Ce qui intéresse Schrader, c'est moins la dimension fantastique de l'histoire, que la puissance d'un amour impossible, la force du désir physique auquel les amants sont voués à succomber. L'amour nait dans l'esprit puis se propage dans le corps tout en niant le danger, et par une jolie métaphore le film évoque les liens que cette drole de "maladie" entretient avec la mort: Irena doit tuer pour redevenir une femme, mais elle s'y refusera, et restera à jamais une panthère, signant irrémédiablement la fin de l'histoire de deux êtres. Tel un amour qui se consume par lui même.

Plus qu'un film fantastique, La Féline est un drole de poème, triste et profondément romantique, parcouru d'images superbes.
Et Schrader qui connait la sensualité, le charme "félin" des femmes, leur rend aussi un hommage à travers le personnage fragile d'Irena... Plus belle que jamais, Natassja Kinski incarne avec beaucoup de sensibilité une envoûtante féline.
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23 janvier 2006
Le Loup-Garou de Londres (Le cinéma fantastique - suite)

Un an après Joe Dante, c'est John Landis qui y va de son "werewolf movie".
Fidèle à son goût pour la comédie (on lui doit les célèbres Blues Brothers), Landis tente un ambitieux mélange, entre film d'épouvante-horreur et comédie sentimentale, le tout ponctué de musique rock'n roll très sixties.
Le cocktail ne tient pas toujours ses promesses et le film peine parfois à trouver ses marques. Mais les personnages sont attachants: l'amitié entre David et Jack qui se poursuit après la mort de ce dernier, réserve son lot de surprises et de scènes mémorables.
La grande originalité du film est de ne pas se limiter à décrire le loup-garou comme un méchant monstre mettant tout le monde en danger. La créature est cela certes, mais elle est aussi un homme qui voudrait vivre normalement, une victime dépossédée de sa conscience quand la malédiction, comparée ici à une maladie incurable, se met en marche. Et Landis arrive même à nous émouvoir lorsque Alex fond en larmes en voyant son fiancé, libéré par la mort.
La façon d'aborder le thème est donc différente de celle, plus classique, d'Hurlements.
Les différences par rapport à l'oeuvre de Joe Dante ne s'arrêtent pas là, et s'illustrent notamment dans la scène de transformation.
Cette dernière est l'oeuvre de Rick Baker, immense maquilleur spécialisé dans les créatures à poils, et professeur de Rob Bottin, le responsable des maquillages d'Hurlements, un an plus tôt.
Contrairement à celle d'Hurlements, la scène de transformation se déroule en pleine lumière, avec un bon vieux rock en fond sonore, la rendant peut-être légèrement moins impressionnante que celle du film précité, ce qui n'enlève rien à la qualité remarquable du travail de Baker.
Encore un film à ne pas rater pour qui veut découvrir le genre (dispo en DVD chez Universal).
(ouaf!) * les photos du film proviennent du site Devildead.
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22 janvier 2006
Le cinéma fantastique - première partie
Je crois que tout a commencé lorsque mon père, grand passionné d'art, m'emmena au cinéma. Je découvrais avec des yeux émerveillés Dark Crystal, Le Dragon Du Lac De Feu et autres Guerre Des Etoiles...
J'étais fasciné par ces personnages, ces univers étranges inspirés de légendes.
Cela doit s'expliquer aussi par le fait que j'étais un gosse assez rêveur, et si j'ai beaucoup aimé certains films dits "d'épouvante", ce n'était pas pour le sentiment de peur qu'ils étaient censés provoquer, mais plutot pour la situation insolite, totalement hors du commun, et la manière d'agir des personnages impliqués dans l'histoire.
A ce propos, le film de serial killer ne m'a jamais intéressé, à la différence du film de monstre imaginaire (vampire, loup-garou, etc...) pour lequel mon intérêt se portait autant sur la créature elle même, sa particularité, son origine, ses forces et faiblesses, etc...
Ainsi, pour terminer le week-end, l'envie me prend d'aborder la première partie d'un petit compte-rendu de ces films fantastiques qui m'ont profondément marqués.
Le thème que je choisis pour commencer est celui du loup-garou, créature mi-homme, mi-loup, appelée aussi "lycanthrope".
Cette légende trouverait ses premières origines dans de tristes faits divers remontant au Moyen-Age: durant certaines périodes très dures (guerre, hiver, etc...), des hommes sans abri que la faim avait rendue anthropophages, se cachaient dans les bois jusqu'à la tombée de la nuit et à l'occasion se nourrissaient de quelques victimes égarées : (
Souvent, ces misérables avaient une longue barbe et des vêtements en haillons, jusqu'au jour où quelques paysans crurent voir des individus mi-homme mi bête.
Ainsi serait née la légende du loup-garou.
Plus tard, elle fut légèrement modifiée pour devenir le mythe que nous connaissons, et selon lequel les nuits de pleine lune, un homme se transforme en loup meurtrier que seule une arme à feu chargée de balles en argent massif peut annihiler.
Le film de loup-garou a trouvé son rythme de croisière dans les années 40/60, notamment grâce à la célèbre maison de production britannique Hammer, pour tomber finalement en désuétude par la suite.
Puis en 1980, Joe Dante, petit génie tout droit sorti de l'écurie Corman (fameuse fabrique de séries B astucieuses et bricolées à toute vitesse), décide de remettre ça. Fasciné par les créatures carnassières mettant la planète en danger (il réalisa d'abord Piranha... puis le fameux Gremlins que tout le monde connait), il signe ainsi Hurlements (The Howling) qui reste un des meilleurs films de loups-garous à ce jour, et ce malgré les effets-spéciaux datés -mais encore efficaces.
Qu'on se le dise, ce n'est pas pour la jouer vieux réac' des eighties, mais le film de loup-garou a connu son apogée dans les années 80.
Je vais donc vous parler brièvement de quatre grands films de cette époque illustrant merveilleusement le mythe (le thème est voisin en ce qui concerne La Féline), mais qui surtout offrent chacun une approche différente et originale:
1980 - Hurlements de Joe Dante
1981 - Le Loup-Garou de Londres de John Landis
1982 - La Féline de Paul Shrader
1984 - La Compagnie des Loups de Neil Jordan
1 - Hurlements

Un vrai film d'épouvante "à l'ancienne", un hommage misant sur l'ambiance et un scénario catastrophe, mais avec aussi, Dante oblige, une bonne dose d'humour noir qui trouve son apothéose dans un final des plus surprenants.
La speakerine fatiguée Dee Walace Stone est à croquer - dit Laurent le loup-garou : ) -, quant au médecin protecteur Patrick MacNee, alias John Steed dans Chapeau Melon et Bottes de Cuir, il offrait à nouveau son flegme inimitable dans une oeuvre qui restera un classique du genre.

Joe Dante sait merveilleusement filmer la forêt au coeur de la nuit, et la musique de Pino Donaggio souligne parfaitement la montée crescendo en tension.
Impossible évidemment de na pas parler du loup-garou majestueux créé par Rob Bottin: il mesure deux mètres cinquante et se tient debout (Rick Baker et John Landis feront un choix différent pour le Loup Garou de Londres). Et c'est bien entendu Robert Picardo, ami et -au même titre que l'inévitable Dick Miller- grand abonné des oeuvres de Joe Dante, qui se transforme sous l'oeil de la caméra, dans une impressionnante séquence devenue culte. Pas d'ordinateur ni d'image de synthèse à l'époque, mais des prothèses mécaniques... S'il est vrai que certains plans accusent le poids des années, force est de constater que ces effets spéciaux là, faits de matière(s), avaient quand même une sacrée gueule !
Une scène d'anthologie: Terry recherche le dossier médical d'Eddie Quist sans savoir qu'elle est observée par le monstre, tandis que passe à la télé le dessin animé des Trois Petits Cochons, tremblant devant le méchant loup de plus en plus menaçant.
Bref, à ne pas rater (existe en DVD chez Studio Canal).

Petite anecdote au sujet de Hurlements: c'est dans ce film que pour la première fois de ma vie je découvrais le smiley (comme
), aujourd'hui monnaie courante sur le web ! Allez savoir pourquoi, Joe Dante et son scénariste John Sayles eurent l'idée originale d'en faire la marque du loup-garou ! Apparait donc furtivement dans quelques scènes l'autocollant du fameux smiley collé sur différentes parties du décor, indiquant que le monstre est passé par là, ou n'est pas loin ! Bref, autant dire qu'après avoir vu ce film, la vue d'un smiley m'inspirait la méfiance pendant quelque temps !
* les photos du film proviennent du site Devildead.
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14 janvier 2006
Cinémotion: Angel Heart (Alan Parker - 1987)

Nous sommes dans le New York des années 50.
Le privé Harry Angel (Mickey Rourke) est contacté par un étrange personnage répondant au nom de "Louis Cyphre" (Robert De Niro). Ce dernier lui offre un pont d'or pour retrouver la trace d'un crooner lié à lui par contrat. L'enquête de Angel va longuement piétiner, entachée par le sang des personnes qui croisent son chemin, toutes victimes d'une mort inexplicable et atroce...

Ambiance et atmosphère sont les maîtres-mots de ce film noir comme la nuit, sorte d'hommage à ce cinéma policier d'antan dont Alan Parker utilise ici toutes les ficelles avec brio.
Epaulé par la prestation "chandlerienne" de Mickey Rourke, magistral en détective revenu de tout, le cinéaste parvient presque à nous faire ressentir la température des lieux, superbement reconstitués: du vieux Brooklyn, glacial et cafardeux à l'étouffante Nouvelle Orléans, berceau américain du jazz et du vaudou, Angel trébuche sur des indices et des évènements périlleux qui ne cessent de brouiller ses cartes. Tiraillé par l'envie d'abandonner, il en est incapable. Inexorablement.
Car sa recherche devient peu à peu recherche de soi, son enquête une quête d'identité...

Angel Heart est une oeuvre superbe et fascinante qui bascule lentement dans le fantastique, servi en outre par des comédiens exceptionnels (dont Charlotte Rampling, et l'étonnante Lisa Bonnet, transfuge de la sitcom The Cosby Show).
Envoûtant.
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03 décembre 2005
Cinémotion : Oliver Twist (Roman Polanski - 2005)
Je vous propose ma critique de son tout dernier -et excellent- film, "Oliver Twist".
Après "Le Pianiste", à la surprise générale, Roman Polanski est de retour avec une adaptation du célèbre roman de Charles Dickens.
Mais le film est loin d'être le divertissement exclusivement destiné aux enfants que certaines mauvaises langues prévoyaient avant sa sortie. A l'image du roman, en narrant les aventures malheureuses d'un petit orphelin, le film offre une peinture saisissante d'humanité sur la pauvreté autant financière que morale.
Et Polanski n'a rien perdu de son humour noir en signant cette oeuvre superbe.
Le film n'est pas une simple adaptation appliquée du roman, la patte du réalisateur de "Rosemary's Baby" est bien là. Au delà d'une reconstitution époustouflante des rues bruyantes et suintantes de Londres au 19è siècle, il y a ici des trognes extraordinaires, des personnages d'une noirceur incroyable dont le cinéaste ne nous épargne pas le moindre tic ni la moindre étincelle d'ambiguité.
Bien sûr, deux personnages-clés, deux comédiens, propulsent le film à un niveau de qualité et d'intensité dramatique impressionnant. D'abord, le jeune Barney Clark, qui incarne un Oliver Twist très touchant, petit garçon sans repère dans la tempête du destin, trébuchant sur les êtres qui croisent son chemin et tentent -en vain- de le prendre en main à leur avantage. La malchance funeste poursuit le jeune garçon sans relâche, pourtant jamais elle ne parviendra à le faire tomber. Et l'on voit dans les yeux d'Oliver ce qui le sauve, car à travers son regard innocent et chargé d'incompréhension perce toujours l'espoir, l'envie de s'en sortir.
Oliver Twist est le seul véritable enfant dans cette histoire, ses petits camarades voleurs ressemblant déja beaucoup aux adultes qui les entourent...
Ensuite, Ben Kingsley, qui compose un Fagin proprement hallucinant ! Un vieil homme avare et effrayant, plié en deux par le poids des années et de sa malhonnêteté. Une horrible crapule qui se sert des enfants abandonnés pour commettre des vols et constituer son butin. Pourtant, lui aussi est un personnage émouvant, car c'est une des grandes forces de Polanski d'avoir toujours sû illustrer avec maestria le coté équivoque de l'être humain.
Ainsi, même les desseins les plus cruellement egoistes de Fagin ne nous empêchent pas de percevoir aussi le misérable qui a un coeur, attaché à "ses" enfants presque comme un père... Difficile alors de ne pas ressentir une vive émotion dans cette scène finale lorsque Oliver fond en larmes dans les bras du vieillard attendant son exécution.
Mais l'oeuvre montre bien que les antipodes aussi existent dans ce bas-monde: la méchanceté absolue, au même titre que la bonté pure. Et le jeune Oliver Twist livré à lui même, hésite, vacille au gré de ses rencontres, entre pénombre et lumière, nous rappellant qu'il n'est pas facile de s'y (re)trouver soi-même dans cette jungle d'âmes aux teintes nombreuses et variées.
Visuellement magnifique et terriblement d'actualité, ce nouvel opus de Polanski est à la fois triste, dur, et beau.
Comme la vie.
Laurent
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